Entrées dans la ville
Enseigner la ville : une démarche citoyenne
coordonné par
Véronique Vanier
Octobre 1998 - 84 pages - ISBN n°2-909680-29-0 - 9,91
euros
La ville qui est devenue
l'environnement quotidien de la plupart d'entre nous, est le lieu
d'enjeux majeurs de notre société, qu'il s'agisse de
l'environnement, de la justice sociale ou de la démocratie.
Comment donc entrer dans la ville, la
décrypter, s'y regarder, la redécouvrir peut-être pour se
l'approprier ? C'est la médiation des arts qui est
proposée ici, en connexion avec les autres disciplines
scolaires, pour analyser avec des élèves les multiples visages
de cet espace urbain, lieu de tension et de création.
Découvrir un patrimoine, analyser les
représentations de la ville à travers les arts ou la
littérature, réfléchir sur son devenir avec ceux qui
l'étudient ou la construisent : autant de parcours urbains
qui deviennent des parcours citoyens. Car l'enjeu d'un travail
sur la ville, c'est bien de réapprendre à travers la cité, la
notion de citoyenneté.
Sommaire Avant-propos : citadinité, citoyenneté, créativité L'espace urbain à la croisée des arts
La ville "noire" : suivez le guide
Patchwork niçois : des couleurs et des formes
La ville en textes
Parcours urbains, parcours citoyens
Les champs de la ville
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Ce livre est illustré de photographies noir et blanc tirées du parcours artistique "Dérives urbaines", mené à Voiron par des élèves du lycée E. Herriot avec la complicité du photographe Francis Helgorsky. La couverture de Pinguino a été reproduite grâce à l'aimable autorisation des éditions Syros. |
Citadinité, citoyenneté, créativité
Que ce soit à l'école primaire, au collège ou au lycée, la ville n'apparaît jamais comme l'objet d'une matière scolaire, le champ d'un savoir constitué, le terrain de compétences reconnues. Dans son fondement, le savoir scolaire reste décidément structuré par des catégories issues de l'état des sciences au siècle passé (distinguant des "langues vivantes" et des "langues mortes", couplant l'histoire et la géographie, honorant la grammaire et l'orthographe, etc.) et continue parfois d'ignorer celles qui ont émergé depuis, en les repoussant comme des savoirs de spécialistes. Il faut aller à l'université pour entendre parler d'études urbaines, d'urbanisme, de génie urbain, de sociologie, etc.
Et pourtant, "la société industrielle est urbaine, la ville est son horizon", écrivait Françoise Choay en 1965. Nous vivons dans des villes, petites, moyennes ou grandes, à près de 75%, et dans un environnement urbain ou péri urbain dans une proportion plus forte encore. Nous travaillons, nous enseignons dans des villes, à des enfants, des jeunes, qui peu ou prou, sont des citadins, des urbains, des périurbains.
Et pourtant encore, cette ville qui est notre horizon est le lieu des enjeux sociétaux majeurs : enjeux environnementaux du fonctionnement quotidien de l'espace artificiel de la ville, et pas seulement en cas de gigantisme, enjeux socio-politiques du "droit à la ville", c'est-à-dire de la justice sociale face au logement, à la mobilité, à la consommation, enjeux citoyens du contrôle démocratique et du maintien de la tolérance au sein du melting-pot urbain. Polluée, segmentée, FN-isée, la ville deviendrait insupportable à la société.
Enfin, la ville est aujourd'hui l'objet d'innombrables métiers, qui marient sciences humaines et savoirs techniques, et forment des collectifs de compétences. Métiers et compétences qui sont appelés à se développer, pour les raisons dites.
CQFD : on n'enseigne pas la ville, ou peu, mais on le devrait.
Voici clans ce recueil quatre expériences pédagogiques pour faire entrer la ville dans le champ des nécessités scolaires, autrement dit pour promouvoir une éducation à la ville. Quatre expériences menées dans cinq établissements de différentes villes, rassemblant une trentaine de collègues du secondaire, et leurs classes.
Ces expériences ont en commun de se frotter à la ville par la médiation de l'art, sous ses diverses formes : intervention d'un artiste, observation d'uvres, production d'un événement... On peut voir quatre raisons à cette médiation de l'art dans une éducation, émergente, à la ville.
La première est que l'éducation artistique reste, par nature, un "espace" plus ouvert que d'autres à l'innovation des thèmes éducatifs, et parmi eux la ville. Très prosaïquement, on sait bien que les contraintes du sacro-saint programme, de l'examen final, du manuel obligatoire y sont un peu moindres. C'est une immense chance pour le système éducatif ; si lourdement arrimé à ses héritages académiques en matière de champs disciplinaires, que de pouvoir mettre à profit cet espace d'innovation thématique, et ce souvent en partage, c'est-à-dire en inter-disciplinarité.
Car, deuxième raison, l'art est aussi un excellent médium entre les autres disciplines scolaires. Comment construire un projet éducatif qui rassemble sans artifice des professeurs de langues, d'histoire-géographie, d'Eps ou de SVT, sinon en mettant au centre, comme point de connexion des divers objectifs de savoir ou de savoir-faire, une démarche de création ? Cela, le monde scolaire l'a désormais intégré dans ses pratiques.
Or, troisième raison, la ville est elle-même une sorte d'objet d'art, qui stimule cette démarche de création, au sens où elle est un produit de l'imagination humaine et de convictions esthétiques contingentes. La ville en totalité, comme les formes qui la composent : l'immeuble classique du XVlIIème, le pont à longue portée du XXème, la collection des objets accumulés de mobilier urbain, ou, à plus forte raison, les monuments, qui sont les repères de ce musée à ciel ouvert.
Enfin, dernière raison, l'art est une façon d'entrer dans une éducation à la ville dont les enfants et les jeunes ne veulent pas spontanément. Ne soyons pas naïfs : aux yeux des familles, donc des élèves, l'école est là avant tout, et pour certains uniquement, pour se mettre en position d'apprendre un métier. Afficher l'ambition d'une éducation à vivre ensemble, d'une réflexion civique, c'est, pour l'enseignant, prendre le chemin le plus difficile qui soit. D'autant qu'il n'y a rien de plus dérangeant, pour l'élève, que d'être invité à une observation un peu distanciée de son espace et son milieu de vie. L'écolier, le Collégien, le lycéen, préféreront en oublier les dysfonctionnements, voire les misères, dans des exercices éloignés de leur vie, plutôt que de se voir mis le nez dessus, au nom d'une "éducation à la ville".
La création artistique, sous couvert de jeu, de fantaisie, ou "d'extravagance" (pour reprendre le terme employé par un lycéen questionné ici) aide à en parler à "(s')exprimer". Là encore, elle est un bon médium entre ce que les élèves savent de la ville, par leur vécu et leurs représentations, et ce qu'il serait souhaitable qu'ils sachent de la ville, comme futurs citoyens et travailleurs.
Reste que la médiation de l'art, si elle permet d'entrer dans une éducation à la ville, ne peut en assumer toute la dimension. En universitaire, Alain Hayot balaie ici le champ des études urbaines et de ses enjeux, à toutes échelles. Il est considérable. A l'école, en général, d'en prendre acte, et d'entreprendre de former, outre des travailleurs, des citadins-citoyens.
Véronique Vanier