• Le Chien des Baskerville

    de Arthur Conan Doyle, collection Folio Junior ,1995

    Nicolas Desormonts

    Séquence faite en 4e, s'inspirant de la lecture dirigée par B. Rémy, Ecole des lettres (EDL) I, n°6, 1992-93. Des références renvoient au dossier pédagogique de la collection Folio Junior

    Première séance

    Sujets d’exposés :

    –Les lieux du récit (dans Londres, Baker Street, northumberland Hotel ; le Devonshire, Baskerville Hall, Lafter Hall, Merripit, Coombe Tracy, la lande, le bourbier de Grimpen, la cachette du chien, la cachette de Holmes (masure dans la lande). A situer sur carte : dossier pédago p. 276.

    –la vie quotidienne en Angleterre à la fin du XIXe siècle : différences avec aujourd’hui

    –Les détectives célèbres dans les romans et dans l’histoire ( cf : dossier pédagogique p.287)

    –Les criminels célèbres : Oedipe, Brutus, Lacenaire, Dr Petiot, Landru, Lee Oswald (Kennedy)

    –Les chimères effrayantes dans la mythologie (griffon, Minotaure, chimère, méduse, cerbère, harpies, etc.)

    Etude d’image : la couverture

    Observation détaillée :

    –le chien : yeux rouges, crocs visibles, il bondit. Sa queue ondule comme un serpent, poils hérissés, il semble sur le point d’attaquer, air féroce. Traité en clair-obscur.

    –l’homme : casquette, pipe, carrick (manteau à plusieurs collets rabattus). Cravate unie, chemise blanche, espionne de derrière un rocher ; c’est Sherlock Homes. Sa tenue reflète son caractère méthodique et maîtrisé.

    –le décor : paysage lugubre de lande rocailleuse, aride, arbres maigrichons, pas d’herbe. Nuit inquiétante, désolation, paysage de cauchemar qui répond bien à l’atmosphère macabre de l’histoire.

    EN VIGNETTE : homme bien vêtu, le visage tendu, comme le détective dans la lande, il a pipe, cravate et chemise blanche : l’air du parfait gentleman. Malgré l’allumette qui devrait l’éclairer, son visage est à moitié dans l’ombre (clair-obscur).

    Est-ce le détective ou l’auteur ? Comme Sherlock Homes, il fume la pipe, mais d’autres indices nous invitent à voir une allusion à Doyle.

    –Il porte les mêmes couleurs que celles qu’on distingue dans le paysage et le reste de l’image (même vert, rouge de l’œil du chien et du titre (sanglant) du livre, le bleu de la nuit et le noir). Car ces couleurs et ces formes sortent de son imagination.

    –Sa place en haut de la couverture, et au centre, montre qu’il est le créateur de l’histoire, qu’il domine et dirige. Le rouge dénote son énergie créatrice, le feu vif de son inspiration brillante.

    –Le fauteuil et les pieds de l’homme sortent du cadre rectangulaire qui rappelle la forme même du livre : or l’auteur n’en fait justement pas partie, il n’est pas dedans, mais à l’extérieur de son histoire.

    Deuxième séance

    –Introduction au roman policier. Ses origines (depuis Edgar Poe, fondateur du genre) et caractéristiques. Les enquêteurs connus des élèves. Leurs signes distinctifs (ex : pipe, pardessus, etc.).

    –Présentation de l’auteur. Moins célèbre que Sherlock Holmes dont la renommée l’a éclipsé.

    –Introduction à l’étude du Chien... :

    Mêlant de façon originale l’élucidation rationnelle et l’angoisse fantastique, ce livre, comme tout roman policier, engage son lecteur dans la recherche du coupable, fait de lui un questionneur : questionner le texte, pour trouver le coupable certes, mais, au-delà, pour comprendre comment l’oeuvre est construite.

    –Question préparatoire : Qui est le narrateur de l’histoire ? Quels sont les rapports de Watson et de Sherlock Holmes ?

    Les trois premiers chapitres du roman constituent l’exposition.

    Le point de vue de W.

    La relation entre Holmes et Watson apparat d’emblée comme une relation de maître à disciple. Le docteur est interrogé, mis à l’épreuve et jugé (" Bon ! Excellent ! " " Très juste ! , " etc.) par le détective. mais le maître se moque de son élève et use constamment de l’ironie. Ce mot est à définir :façon dont Holmes se moque de Watson qui est renvoyé à son rôle de faire-valoir du détective. Il en est comme le double négatif.

    Faire-valoir, Watson l’est aussi en tant que narrateur des . modestes exploits . de Sherlock Holmes et vulgarisateur de ses méthodes. Dès lors, il faut relire les pages 8-lO dans une autre perspective. Car si Watson est le narrateur du CdB, c’est lui qui met en scène, comme narrateur et non plus comme personnage, l’humiliation dont il est victime.

    Il y a donc deux W qui ne sont pas engagés dans la même relation avec le personnage de Sherlock Holmes. Comme narrateur, W est un double de Conan Doyle, qui était lui-même médecin.

    Troisième séance

    –Question préparatoire : Quelle est la méthode de Holmes ? Donnez-en un exemple simple choisi dans l’un des trois premiers chapitres. D’après le texte, et non d’après le dictionnaire, essayez de dire ce qu’est un indice, une déduction, une hypothèse (p. 8-10).

    1.la seconde partie de la question, lue convenablement, apporte la réponse à la première.

    La méthode de Holmes consiste à trouver des indices, à en tirer des déductions et à Formuler des hypothèses. On peut encore s’appuyer sur les propos de Holmes p. 9 : "  Voyez-vous, Watson, sur cette canne je remarque un ou deux indices : assez pour nous fournir le point de départ de plusieurs déductions

  • indices

  • déductions

  • - la canne est abîmée.

    - l’embout et usé

    - les initiales du CCH

    - la canne est un cadeau

    - elle a été oubliée

    - traces de la mâchoire du chien

  • - il s’agit d’un médecin de campagne

    - l’homme est un grand marcheur

    - l’homme a exercé au Charing Cross Hospital de Londres (voir aussi les déductions p. 11, qui résultent de ces trois premières)

    -l’homme est apprécié

    - l’homme est distrait

    - le chien tient la canne de son maître par le milieu ; animal de taille moyenne, entre le terrier et le dogue

  • 2. Donner ensuite les trois définitions.

    –Question préparatoire : comment l’auteur pique-t-il notre curiosité ? fait rebondir l’action ?

    Le suspense : définition : il y a tension dramatique lorsque le lecteur est placé en situation d’attente d’un fait ou d’une information. Pour qu’il y ait attente, il faut qu’il y ait retardement. L’étude des procédés de suspense est donc une étude des procédés de retardement : fragmentation de l’information, l’interruption des locuteurs en dialogue par un tiers, le recours à l’intervention narrative centrée sur la subjectivité (pensées, sentiments, réactions des personnages), fausses pistes.

    Quatrième séance

    –Question préparatoire 1 : choisir entre plusieurs activités :

  • faire résumer les faits relatifs à la mort de Sir Charles

    Jeu : chap. 3, dans l’interrogatoire de Sherlock Holmes, éliminer les questions, les faire retrouver par les élèves. Travail sur la forme interrogative.

    Etude du registre soutenu ; nombreuses occurrences de l’imparfait du subjonctif p. 41-42

    travailler sur la description : arrivée dans le manoir. A quoi sert la description du décor dans le chapitre 6 ? fréquence des éléments sombres ou nocturnes propres à créer une atmosphère inquiétante. Ce n’est pas par hasard que Watson, Sir Henry et Mortimer arrivent de nuit sur la lande. Milieu hostile et fantastique, cette dernière affirme la dimension terrifiante du récit, elle en dessine l’arrière-plan irrationnel et rappelle la légende. Dossier pédagogique p. 275.

  • –Question préparatoire 2 : Quels sont les indices que relève Sherlock Holmes sur la lettre anonyme reçue par Henry de Baskerville ? Quelle déduction tire-t-il de chacun d’eux (p. 51-58) ?

  • composer un message secret anonyme sur le modèle de celui reçu par Sir Henry (p. 53-54)
  • Cf. EDL p. 29 :

  • INDICES

  • DEDUCTIONS

    1. Le découpeur s’y est pris à deux fois pour : " vous tenez ".
    2. L’auteur de la lettre a utilisé un article du Times.
    3. L’adresse est rédigée en lettres mal formées.
    4. Les mots ne sont pas collés en ligne droite.
    5.  
    6. La plume a crachoté deux fois, et l’encre s’est épuisée trois fois pour la seule adresse
    1. Les lames des ciseaux sont courtes ; il s’agit de ciseaux à ongles.
    2. Le Times est un journal bourgeois l’individu est instruit.
    3.  
    4. S’il est instruit, il a voulu déguiser son écriture ; pourquoi ? c’est qu’elle pouvait être connue de Sir Henry.
    5. L’auteur a agi avec précipitation. Or, postée avant la première levée du lendemain, la lettre aurait été remise à Sir Henry avant qu’il quitte l’hôtel. C’ est donc que l’auteur craignait d’être surpris.
    6. La lettre a été écrite dans un hôtel ;en effet les plumes des hôtels sont mauvaises et les encriers y sont souvent vides.
  • Cinquième séance

    1) Contrôle de lecture : dossier pédagogique p. 274, 275 et 277

    2) L’amitié Sherlock Holmes-Watson. (les élèves auront lu env. 150 p.)

    Questions préparatoires : (= dossier pédagogique p. 279-280).

    Sherlock Holmes et le docteur Watson sont les meilleurs amis du monde ; ils partagent le même logement et, surtout, .les mêmes aventures. Pourtant le comportement du premier envers le second laisse parfois perplexe.

  • 1. Quelle appréciation portez-vous sur la manière dont Holmes s’adresse à Watson ? Correspond-elle à l’idée que vous vous faites du dialogue entre deux amis ?

    2. Relevez, à l’inverse, des traits qui révèlent la solidité de l’amitié qui lie les deux hommes. Selon vous, qu’est-ce que cette amitié apporte à chacun ? (.78, 84, 196-199, 217- 218 et 263)

    3. Sherlock Holmes dit (p. 12) : " Quand je disais que vous me stimuliez, j’entendais par là, pour être tout à fait franc, qu’en relevant vos erreurs j’étais fréquemment guidé vers la vérité. " Pensez-vous que ce soit la seule qualité que Holmes reconnaisse à Watson ? Citez-en d’autres.

  • 1. le dialogue Sherlock Holmes-Watson :

  • Citations tirées du chapitre 1
  • Observations
  • Conclusion
  • · p.10 : " Allons, Watson, reconstituez l’homme d’après la canne "

    · 12 : " j’ai peur, mon cher W, que la plupart de vos conclusions ne soient erronées "

    · p. 16 " mon cher ami "

  • · ordre (impératif), vouvoiement

    · Sherlock Holmes pourrait froisser la susceptibilité de Watson

    · ton peut-être un peu condescendant

  • Les deux amis ne sont pas sur un pied d’égalité. W est relégué au statut d’apprenti, de disciple du maître.

    Pour moi, amitié = égalité, langage et rapports plus familiers, sans domination.

  • 2. Ce que cette amitié apporte à chacun :
  • · Sherlock Holmes à Watson : -protection, sécurité. " Ah ! Holmes, je suis heureux au fond de mon cœur que vous soyez ici ! " (194)

    -compétence, intelligence : 196-199 : Watson finit par reconnaître le bien-fondé de la décision de Sherlock Holmes de rester incognito sur la lande.

    · Watson à Sherlock Holmes : -auxiliaire précieux ( cf. : question 3). Ses erreurs aident Holmes

    -lien personnel très fort : " je serai très heureux de vous voir de retour sain et sauf à Baker Street " (78)

    -complicité : tant professionnelle que personnelle ; " jalousie "(217-218) ; " une petite distraction "(263) ; grande connaissance : le mégot de Watson (196), estime.

  • 3. Qualités de Watson :
  • · fiabilité : " je ne connais pas de compagnon plus sûr dans une passe difficile " (78)

    · ténacité : " et connaissant votre admirable ténacité " (196)

    · zèle et intelligence : " je dois vous complimenter très sincèrement pour le zèle et l’intelligence dont vous avez témoigné à propos d’une affaire extrêmement difficile " (199).

    Sixième séance

    L’étude de l’amitié Sherlock Holmes-Watson débouche sur une rédaction.

    Travail préparatoire : recherche sur le mot amitié, synonymes et antonymes. Collectivement, liste des qualités les plus importantes et défauts les plus gênants chez un ami. Liste de ce qu’on partage avec un ami (objets, pensées, moments, etc.)

    Sujet : Vous avez sans doute déjà eu une amitié durable avec un ou une amie.

    Racontez dans quelles circonstances est née cette amitié.

    Comment s’est-elle développée dans le temps ? Vous préciserez quelles sont les trois qualités de votre ami(e) qui ont rendu cette amitié durable et pourquoi ces qualités sont importantes pour vous.

    Remarques :

    1. si des élèves n’ont pas vécu cela, on acceptera qu’ils l’imaginent ou bien évoquent leur amitié pour un animal familier.

    2. pour les circonstances, rappeler les questions traditionnelles : qui ? où ? quand ? comment ? pourquoi ?

    3. Le devoir commencera au passé composé (dont l’aspect du lien avec le présent et le locuteur sera expliqué) et se poursuivra au présent, puis éventuellement au futur

    Septième séance

    –Question préparatoire : avoir lu jusqu'à la page 214, avant le dénouement.

    Quels sont selon vous les personnages suspects et non suspects du meurtre ? Justifier vos réponses et précisez bien les mobiles possibles des suspects.

    SITUATION DES PERSONNAGES PRINCIPAUX PAR RAPPORT AU MEURTRE :

  • NON SUSPECTS

  • SUSPECTS (voir p.86)

  • · Sherlock Holmes

    · Watson, les détectives

    · Mortimer, médecin, auxiliaire des détectives (chap.2) ; mobile ?

    · Sir Henry :héritier, mais absent d’Angleterre lors des faits

    · Selden, forçat : son évasion remon-te à trois jours de l’arrivée de Sir Henry et Watson au manoir (p.91), donc après le meurtre. C’est le mort sur la lande (chap. 12) qui porte le costume en tweed de Sir Henry.

    · l’inconnu dans la lande : en fait Sherlock Holmes incognito

    · le chien : instrument manipulé par quelqu’un, non surnaturel. Mis sur la piste de Sir Henry par une chaussure (p.208).

    · Perkins (p. 76), Desmond (86), Frankland (de Lafter Hall, l’hom-me au télescope) : personnages secondaires

  • · M. Barrymore : domestique à Baskerville Hall ; présent à la découverte du corps, témoin. Mobile : jouir d’une demeure confortable (103). Comportement suspect la nuit, mystère élucidé p.148. C’est la fausse piste.

    · Mme Barrymore, sœur du forçat : personnage secondaire

    · Laura Lyons, fille de Frankland, à Coombe Tracy : belle, pauvre, brouillée avec son père, abandonnée par son mari, à été aidée par Sir Charles ; avait rendez-vous avec lui à l’heure et au lieu de sa mort mais n’est pas venue et a brûlé la lettre ; veut épouser Stapelton qu’elle croit célibataire.

    · Les Stapleton, à Merripit : pourquoi habitent-ils un endroit aussi isolé (115) ? Ne se ressemblent pas (112)

    1. Melle Stapleton : beauté tropicale (124) ; attitude étrange, veut avertir Sir Henry (112) : est-elle l’auteur de la lettre anonyme ? En fait, femme de Stapleton (200).

    2. Stapleton : scientifique, naturaliste ; a travaillé dans un collège sous un autre nom(116, 201) ; a servi d’intermédiaire entre L. Lyons et Sir Charles (179) ; connaissance de la lande (108) ; folle jalousie pour sa sœur (126) ; décontenancé par la mort imprévue de Selden, mais se domine (209) : avait invité Sir Henry à Merripit ce soir-là.

  • Stapleton, contrairement à Barrymore, n’est jamais considéré comme suspect Toutefois, pour qui a lu le roman, tout fait sens dans le chapitre 7 (et les suivants, chaque fois qu’il est question de Stapleton) . Il ne sera pas inutile, après lecture complète de l’œuvre, de revenir sur ce chapitre, où les Stapleton apparaissent pour la première fois. Les élèves en feront une tout autre lecture, attentive cette fois à la façon dont le texte anticipe et prépare le dénouement, y compris dans son élément le plus arbitraire, le changement d’identité de Mlle Stapleton. On montrera ainsi que toute seconde lecture déplace l’intérêt de l’histoire vers le texte et qu’une lecture professionnelle est justement celle qui combine ces deux intérêts dans le même instant .

    Huitième séance

    Correction de la rédaction