les figures de la persuasion

dans «La Concubine de l'hémoglobine », MC Solaar.

 

Cours de Martine Hassendorfer, 1999

 La Concubine de l'Hémoglobine, MC Solaar, chanson tirée de l'album « Prose Combat » :

J'ai vu la concubine de l'hémoglobine balancer des

rafales de balles normales et faire des victimes 

Dans les rangs des descendants d'Adam

C'est accablant, troublant, ce ne sont pas des balles

à blanc.

On envoie des pigeons défendre la colombe 

Qui avancent comme des pions défendre des bombes.

Le Dormeur du Val ne dort pas, 

Il est mort et son corps est rigide et froid

J'ai vu la concubine de l'hémoglobine

Chez le Viêt-minh au Viêt-nam,

sous forme de mines et de napalm

Parce que la science nous balance sa science

Science sans conscience égale science de

l'inconscience.

Elle se fout du progrès mais souhaite la progression 

De tous les processus qui mènent à l'élimination.

J'ai vu la concubine de l'hémoglobine,

Morne comme l'automne, un printemps en Chine

Ca, c'est assez passé, assez gâché, cassé

La porcelaine de peine qu'est la colombe de paix

L'art de la guerre tue de jeunes bambins

L'ouvre de Kim Song Man reste sur sa fin

La guerre niqua, Guernica et comme le pic assiette,

Picasso la repiqua

J'ai vu la concubine de l'hémoglobine

En campagne électorale dans mes magazines

jovial mais bancal, le politicien s'installe

comme le dit I.A.M « c'est un hold-up mental »

Je les dose avec le prose combat

pose avec le Mic, le mic est devenu ma tenue de combat

 

J'aime la politique quand elle a assez de vocation

Pour lutter contre les processus qui mènent à

l'élimination.

J'ai vu la concubine de l'hémoglobine

Dans une lutte économique, Kalach-M Sixteen

L'opinion s'aperçoit vite qu'il y a des malheureux

Quand le sol vire au rouge, viennent les casques bleus

 

Le SOLAARSENAL est équipé de balles vocales,

Face au sol-sol, sol-air, Solaar se fait radical

Constate le paradoxe du pompier pyromane, hum

C'est comme si la mafia luttait contre la mafia

J'ai vu la concubine de l'hémoglobine

se faire belle comme les voûtes de la chapelle

Sixtine.

pour l'alpha/bétisation des néo-fachos

à froid ou à chaud, avant le bachot,

ils souhaitent revoir le cachot, va revoir Dachau 

Tel est le B.A. Ba de l'ABC du jeune facho

C'est la horde aux ordres d'un nouvel ordre.

Un peu partout dans les villes du globe, les crétins

tissent leurs cordes.

J'ai vu la concubine de l'hémoglobine

Elle aime la prolactine et les black smokingz

 

J'ai vu la concubine de l'hémoglobine ( x2 )

 

Voici un extrait de ma pensée profonde,

ma guerre des nerfs parce que l'ignorance c'est nerf

de la guerre

On nous dit « Dieu est lumière, nous sommes tous

frères. »

Mais on constate que la lumière est éteinte,

Je souhaite que nous ne fassions plus la même erreur

C'est dur à dire mais.

J'ai peur

 

 

I. L'implication dans le discours :

1. du chanteur :

Le locuteur, MC Solaar, s'implique en employant « je » dès la première ligne et tout au long de la chanson :

« J'ai vu » : Insistance sur son rôle d'observateur de témoin.

Ce pronom personnel traduit également l'engagement personnel du chanteur qui prend position contre la guerre mais aussi contre toute forme de violence, de fanatisme et d'oppression.

Cette lutte est active : ligne 26 « Je les dose avec prose Combat » Les mots, la chanson et le Mic ( l. 27) représentent les armes de M. C. Solaar.

On peut étudier le champ lexical de la musique des lignes 26 à 35, croisé voire confondu avec celui de la guerre et noter les oppositions entre les instruments de paix et les instrument de guerre, de mort :

- entre le Mic et le Kalach M 16

- le sol-sol ( missile ) et le sol-air / SOLAARSENAL, en majuscules ( musique ).

Le chanteur se veut donc le combattant pour la paix, « équipé de balles vocales » en opposition aux « balles normales » qui font « des victimes », l. 1.

Enfin, on peut observer l'implication insistante et directe de l'homme M. C. Solaar à la fin de sa chanson : la dernière strophe n'est pas chantée, mais parlée, ce qui donne davantage de poids à l'argumentation.

2. L'implication de l'auditeur :

La chanson ne se termine pas par une note positive, mais par un cri d'alarme « j'ai peur », qui doit provoquer la réflexion sur l'auditeur. Le pronom «nous » marque l'association entre le chanteur et le destinataire, tous deux concernés par cette situation alarmante.

Par ailleurs, toute une série de référence culturelles font appel à la sensibilité de l'auditeur :

a) Les références littéraires, philosophiques et religieuses :

- Le Dormeur du Val : refus de l'euphémisme afin de choquer la sensibilité de l 'auditeur et insistance sur la réalité brutale.

- Descartes /  Rabelais : Thèmes et auteurs qui font partie de l'Histoire de l'humanité.

- « les descendants d'Adam » : périphrase à mettre en relation avec l'affirmation ligne 50 : «nous sommes tous frères ». Notions d'égalité et de fraternité contredites par les faits et les actes de barbarie perpétrés.

b) Les références historiques et culturelles :

- la guerre du Vietnam l. 9 : une des plus sanglantes de l'histoire.

- Printemps de Chine, l. 15 : répression terrible de la manifestation des étudiants chinois.

- Kim Song Man l. 19 : prisonnier politique libéré grâce à l'intervention de Amnesty internationale. M.C. Solaar s'est impliqué personnellement pour sensibiliser l'opinion publique.

-  Picasso / Guernica : peinture / démembrement et rappel du bombardement d'un village espagnol.

- Référence au génocide juif durant la seconde guerre mondiale : « Dachau », l. 41. Critique du fascisme et du néo-fascisme.

Toutes ces références tiennent lieu d'arguments car ils rappellent des faits insupportables et / ou des épisodes sanglants. 

 

II. Les figures d'atténuation et d'exagération :

Elles sont inexistantes car le chanteur veut agir sur la sensibilité des auditeurs en présentant la réalité sous sa forme la plus crue.

 

III. Les figures de construction :

1. Les répétitions :

- « j'ai vu la concubine de l'hémoglobine » : phrase reprise anaphoriquement l. 14, 22, 30, 38, 47. Il s'agit du thème du texte, exprimé sous la forme d'une périphrase dépréciative désignant la guerre. Les termes « concubine » ( fausse épouse ) et «hémoglobine » insistent sur l'illégimité et sur le caractère contre-nature de la guerre. 

Celle-ci est également personnifiée et montrée en pleine action dans des entreprises :

* destructrices : « victimes », « balancer des balles normales », l. 1, « élimination », l. 13.

* de séduction, de manipulation : « en campagne électorale », l. 23, « se faire belle », l. 39.

Elle est insensible devant l'horreur : « morne » l.15, et ses goûts sont monstrueux, l. 46 : « elle aime la prolactine et les black smokings ».

Tous ces procédés ont pour but de dénoncer l'existence de ce fléau.

- « science » : l. 10 - 1, réflexion sur la bonne utilisation de la science, qui devrait se mettre au

service de la paix.

2. Les paradoxes :

l. 12-13 : normalement, « progression » = espoir, évolution. Ici, la progression aboutit à «l'élimination » au néant.

l. 36 « pompier pyromane » : D'où : caractère anormal de ces situations qui ont pour but de dénoncer la guerre et d'inciter à une réaction de la part de l'auditeur.

3. Rythmes / sons :

- ligne 3 : rythme binaire : « accablant » / «troublant ».

- ligne 16 : « assez passé », « assez gâché ». Les participes « passé », « gâché » et « cassé », sont organisés en une gradation descendante et proposent une vision synthétique négative d'une situation révolue.

Ces rythmes visent à convaincre.

Quant aux assonances et les allitérations, elles frappent notre imagination :

* l. 1 à 3 : [ an ], [ b ] harmonie imitative qui reproduit le bruit des balles.

* l. 40 à 44 : harmonie imitative [ cho / o ] qui reproduit le discours d'exhortation des foules.

4. L'allégorie :

« colombe », l. 4 : = paix.

Ce terme s'oppose à « pigeon », connoté négativement et met en valeur l'idée déshumanisant de la guerre qui assimile l'être humain à un « pion ».

 

Conclusion :

Le chanteur utilise l'arme musicale et pacifique afin de dénoncer un fléau de l'humanité : la guerre et à travers elle, tout ce qui annihile la liberté de l'être humain.