Bernard Authier
ISBN 2-909680-47-9, 2002, 208 pages, 23 franco
de port
coédition Adapt/Vuibert
La conquête de l'espace est
l'une des grandes épopées du XX° siècle. Avec ses
ballons-sondes de haute altitude, ses fusées, ses satellites,
elle a profondément renouvellé la compréhension de
l'environnement de la planète, atmosphère, magnétosphère,
ionosphère, et même l'étude de la Terre elle-même.
Bernard Authier, qui fut pour le Laboratoire d'Astronomie
spatiale du CNRS, l'un des acteurs de cette passionnante
aventure, nous la fait revivre ici et nous en révèle les
ressorts techniques, scienitfiques, parfois politiques.
Pareilles découvertes ne se font pas sur un terrain vierge.
Ainsi, on découvrira comment fut lentement élaborée notre
connaissance de l'atmosphère depuis l'Antiquité. Chemin
faisant, l'auteur nous rappelle par exemple comment les questions
que l'on se posait autrefois sur l'air ont contribué à
l'émergence de la chimie et de la physique scientfiques, puis
comment les avancées de celles-ci ont à leur tour permis de
renouveler les recherches sur les enveloppes de la Terre.
Pour mieux nous faire découvrir les grandes avancées
techniques, il nous emmène au coeur des missions scientfiques
les plus exemplaires. Il a rassemblé les données les plus
récentes, celles qui portent notamment sur le changement
climatique auquel nous assistons.
Unique dans son genre, cet exposé des sciences de l'atmosphère
et de l'espace répond aux attentes de tous ceux d'entre nous
qui, pour des préoccupations sociales ou scientfiques, sont
attentifs à leur environnement.
L'ouvrage est illustré de
nombreuses figures originales.
La photographie de couverture est de Henri
Cartier-Bresson © Magnum
Accessible sur cette page :
| Préface de Georges
Courtès Avant-propos Introduction 1. L'héritage
2. Premières études de l'atmosphère
3. Des bases pour aller plus loin
|
4. Nouvelles
investigations
5. L'ère spatiale
Conclusion |
La conquête
de l'espace est l'une des grandes épopées du XXe
siècle. Les générations successives de fusées et satellites
et, à partir de 1961, l'aventure des vols humains, ont fait
vibrer adultes et adolescents de l'époque. Aujourd'hui, les
satellites géostationnaires de télécommunications pourraient
susciter moins d'étonnement mais les derniers développements
des technologies spatiales, avec stations habitées et navettes,
restent suivis avec un intérêt soutenu.
Avec les prouesses technologiques,
c'est la science qui progresse. Les ballons-sondes de haute
altitude, les fusées, les satellites, ont profondément
renouvelé la compréhension de l'environnement de la planète
-atmosphère, ionosphère, magnétosphère- et même l'étude de
la Terre elle-même.
C'est l'un des artisans de cette
passionnante aventure qui nous la fait revivre et nous en
révèle les ressorts, techniques, scientifiques, parfois
politiques : Bernard Authier, 30 ans comme ingénieur
principal au Laboratoire d'astronomie spatiale du CNRS, autant
d'années à préparer de nouveaux épisodes avec les meilleurs
scientifiques de diverses disciplines.
Se dégageant de l'obsession de
l'exhaustivité et du risque de redondance, l'auteur construit
son propos sur les avancées les plus significatives, sur des
missions exemplaires dans lesquelles il nous entraîne. Le fil
rouge qui donne sa cohérence à l'ouvrage est l'étude des
enveloppes externes de notre planète -atmosphère, ionosphère,
magnétosphère- travaillant ainsi les interrogations toujours
renouvelées sur l'air qu'on respire, le temps qu'il fera, etc.
Bernard Authier prend en compte les données les plus récentes,
par exemple quant au changement climatique en cours. Dans un
travail pédagogique remarquable, il explicite tous les acquis
scientifiques.
Ces découvertes ne se font pas sur
un terrain vierge. L'auteur nous montre la lente élaboration,
avec ses tâtonnements, de la connaissance de l'atmosphère. La
Grèce antique ouvre la marche, avec ses mythes et aussi avec des
observations d'une extraordinaire subtilité et une liberté
d'esprit qui sera longue à retrouver. En Occident, après une
longue période moins productive, la Renaissance éclate,
superbe ; le magnétisme terrestre, la morphologie de la
planète et de son atmosphère ainsi que sa composition sont
découverts, mais la machine va s'essouffler. Les avancées
fondamentales du XIXe siècle tant en optique qu'en
électromagnétisme, en thermodynamique ou en chimie fournissent
les bases pour la suite et, le progrès technique aidant, la
machine pourra repartir. Les gaz rares et l'ionosphère sont
découverts tandis que la météorologie fait, en hésitant, ses
premiers pas. Vient la conquête spatiale, un regard au-dessus du
toit ; l'atmosphère livre ses derniers secrets, la
magnétosphère se dévoile et on se demande si la météorologie
ne pourrait pas devenir parfaitement fiable. Une histoire
racontée en plaçant, à chaque étape, le lecteur dans la
situation d'apprécier les difficultés et l'originalité des
démarches scientifiques dans le contexte de l'époque.
Chemin faisant, l'auteur nous
expose les acquis fondamentaux -dans la mesure où ils sont
nécessaires à son propos- de disciplines aussi diverses que la
mécanique, l'optique, l'électromagnétisme, la thermodynamique,
la chimie, etc. Le livre est ainsi un exposé des sciences de
l'atmosphère et de l'espace parfaitement adapté aux lycéens et
aux jeunes étudiants. Grâce à des notes et passages
d'approfondissement, il intéressera aussi les enseignants
physiciens et chimistes. Une telle synthèse était devenue
nécessaire au moment où s'imposent dans nos lycées les travaux
pluridisciplinaires, TIP et TPE, alors que se développent à
juste titre les préoccupations environnementales et que chacun
tend à faire le bilan tantôt des deux millénaires précédents
tantôt du XXe siècle.
En effet, ce texte comble une
lacune. Si l'aventure spatiale a été observée avec passion par
beaucoup de nos lecteurs potentiels et a suscité de nombreux
livres, aucune publication, à notre connaissance, n'a retenu le
fil directeur choisi par Bernard Authier. C'était un exercice
risqué que de montrer avec simplicité et rigueur la cohérence
de domaines aussi difficiles à maîtriser simultanément,
relevant de la physique, de la chimie, de la météorologie, de
la climatologie, de technologies de pointe.
Tel qu'il est construit, le livre
de Bernard Authier, sans prétendre remplacer un manuel de
thermodynamique, de météorologie, ... est accessible à un
large public. Les notions les plus complexes sont identifiées et
plusieurs niveaux de lecture sont possibles. L'ouvrage permet
d'acquérir ou de réactiver l'essentiel des savoirs relatifs aux
sciences de l'atmosphère et de l'espace, de mieux saisir les
concepts essentiels en nous plongeant dans l'histoire de leur
élaboration. Relation d'une conquête passionnante, il s'adresse
à tous ceux que l'aventure de la science intéresse.
Alain Prevot,
éditions Adapt-Snes
Bernard
Authier a participé, au sein du Service dAéronomie du
CNRS, aux tout premiers débuts de la recherche spatiale, alors
que les premières expériences sur la haute atmosphère
cherchaient déjà à " quitter le sol "
grâce aux sondages télescopiques optiques et aux ballons
stratosphériques.
Latmosphère, dans les années soixante
était très peu connue du grand public et totalement ignorée de
lenseignement secondaire et même supérieur. Dans les
années suivantes, malgré le développement fabuleux de
lexploration de latmosphère, de la stratosphère et
de lenvironnement de la Terre, cette attitude na
guère changé.
On ne parlait pas non plus de la logique
continuité spatio-temporelle de ces sciences avec
lastronomie et lastrophysique dont elles sont un
sous-ensemble évident et dont elles subissent les inévitables
contraintes.
Cest ce vide dinformation que
Bernard Authier a voulu combler en sadressant surtout aux
lycéens, aux étudiants et à leurs professeurs mais aussi à un
public curieux et désireux de comprendre, au lieu de se
contenter de subir les descriptions superficielles, souvent
sensationnelles mais irréfléchies de la télévision ou de la
presse en général.
On ne sétonnera pas du rappel historique
des intuitions et des expériences de base, le plus souvent
relatives aux sciences physiques, que lauteur a
volontairement introduit au début de chaque chapitre. Il
sagit le plus souvent de luvre de
scientifiques, grands et aussi plus modestes, qui honorent les
divers cheminements de la pensée humaine. Nous avons un
" devoir de mémoire " (comme la fin du
millénaire nous en fait prendre conscience dans dautres
domaines). Les grands noms qui jalonnent lhistoire des
sciences ne doivent pas être lobjet du refoulement
systématique qui se pratique depuis un bon nombre
dannées.
Enfin, et cest le sujet de la deuxième
partie de louvrage, létude de latmosphère a
complètement changé en nature comme en nombre de données en
" temps réel " avec lavènement de la
recherche spatiale. Bernard Authier en décrit les débuts et son
épanouissement, faisant partager au lecteur son expérience
vécue dans ce nouveau domaine de recherche et de réalisations
techniques. Un domaine où, dans le cadre de sa large culture
scientifique, il a fait preuve dune grande rigueur qui
na en rien affecté lenthousiasme dont ce livre est
lexpression.
Georges Courtès,
Membre de lAcadémie des sciences,
Fondateur, directeur honoraire du Laboratoire dAstronomie
Spatiale du CNRS
Bernard Authier, médaille dargent du Cnes, docteur es sciences, a exercé 30 ans au Laboratoire dAstronomie Spatiale du CNRS comme ingénieur principal. Il a participé à de nombreuses campagnes de tir (Sahara, île Sainte Lucie, Inde, Guyane) et a développé des collecteurs solaires (Brésil, Inde). Il est l'auteur d'une trentaine de publications scientifiques et techniques et de Cap sur la Bourse, Arnaud Franel éditions, Paris, 1997.
Trois photographies de Henri Cartier-Bresson, réalisées lors de campagnes de tir, illustrent cet ouvrage.
L'atmosphère, en deux mots, qu'est ce que c'est ?
Bien peu de chose si l'on s'en tient à la
masse, à peine un millionième de celle de la Terre, d'une
importance capitale si l'on considère léquilibre
thermique de la planète, la protection de la vie et son
entretien.
La partie la plus basse, la troposphère, concentre dans les
10-15 premiers kilomètres les 9/10 de la masse gazeuse. Là se
trouve la quasi totalité de leau atmosphérique et une
large fraction des autres gaz à effet de serre. Ces gaz,
essentiellement le dioxyde de carbone et le méthane sont avec
leau, sous toutes se formes, à lorigine des
échanges radiatifs et des brassages atmosphériques qui
régissent, pour une grande part, le temps à venir et les temps
à venir.
Vient ensuite la stratosphère avec sa couche dozone,
découverte il y moins dun siècle. Une couche formée par
laction des rayons solaires du proche ultraviolet sur
loxygène et qui protège notre vie en arrêtant les
rayonnements nocifs. Au-dessus, jusquà 85 km environ,
c'est la mésosphère où les chocs sont encore suffisants pour
maintenir une composition homogène, mais, comme on le verra, ne
permettent plus un échauffement local par effet de serre.
Notre fine couverture gazeuse de 500 millions de km2
n'est donc pas seulement le théâtre des manifestations
météorologiques brutales, mais est aussi le centre de processus
vitaux qui justifient quelle ait de tous temps focalisé la
curiosité humaine. Une curiosité teintée de crainte quand nos
ancêtres les Gaulois redoutaient, dit-on, que le ciel leur
tombât sur la tête. Comme s'ils pressentaient combien
l'atmosphère est fragile.
Et l'ionosphère, et la magnétosphère ?
Au-dessus de l'atmosphère neutre,
lionosphère est constituée de gaz raréfiés, ionisés
par les rayons solaires ultraviolets de très courtes longueurs
d'onde quils arrêtent. Encore au-delà, la
magnétosphère, zone d'influence du champ magnétique terrestre,
canalise et détourne le flux solaire de protons et d'électrons,
tout aussi redoutable pour les espèces vivantes que le
rayonnement UV solaire.
Faute d'indices directs trahissant leur présence, ces deux
boucliers, resteront longtemps ignorés.
A partir des déviations périodiques de laiguille aimantée on soupçonne rapidement de mystérieux courants électriques, comme une marée réglée par la position du Soleil. Qui dit courant, dit charges électriques, et cest contre toute attente que ces charges se révèleront comme de véritables miroirs pour les ondes radio. On constatera ensuite, avec les fusées-sonde, qu'au-dessus de 85 km, la composition de l'air n'est plus homogène. Au fur et à mesure qu'on s'élève, les chocs se font rares, tandis que les molécules, de plus en plus légères, sont ionisées et même dissociées en radicaux et atomes par un rayonnement solaire ultraviolet lointain impossible à observer du sol.
Bien que les magnifiques aurores polaires aient été observées depuis longtemps, leur corrélation aux orages magnétiques (ainsi quaux taches solaires), tout comme leur nature même, ne trouveront une explication quavec les études, en laboratoire, des constituants atomiques. Déclenchées par un flux de protons et délectrons, dorigine solaire, les aurores polaires vont dévoiler le rôle protecteur de la cavité formée par le champ géomagnétique. Un champ dont linfluence sétend jusquà des milliers de km, au contact du champ magnétique interplanétaire. Lexploration spatiale confirmera les hypothèses et fera découvrir la morphologie de la magnétosphère.
Pour comprendre, gagner en altitude est nécessaire
Les études de l'atmosphère en altitude
commencent, à l'instigation de Pascal, avec l'ascension du Puy
de Dôme. Au début, on mesure la pression et la température,
avant daborder la composition chimique.
On prend de l'altitude avec les aérostats du XIXe
siècle. Dès 1804, au péril de sa vie, Gay-Lussac établit le
record à 7 000 m. Néanmoins, pour une exploration
systématique, il faut attendre le début du XXe
siècle, avec l'apparition d'enregistreurs et la confection de
ballons stratosphériques pouvant atteindre 23 000 m. Très
vite les météorologistes en comprennent l'intérêt, d'autant
que la télémesure, fille naturelle de la radio, conduit dès
1927 à la mise au point de ballons-sonde munis d'émetteurs. à
partir de cette époque, les mesures en continu se multiplient,
la récupération des enregistrements n'étant plus nécessaire.
Depuis, grâce aux immenses feuilles de matières plastiques de
fabrication industrielle, on sait construire de gigantesques
ballons ouverts où l'hélium a remplacé l'hydrogène trop
dangereux. Ces ballons, de plus d'une tonne de charge utile,
peuvent rester en l'air plusieurs dizaines d'heures, atteignant
couramment l'altitude de 35, voire 45 km.
Entre temps, à l'issue de la deuxième guerre mondiale, les
fusées-sonde font leur apparition, puis les satellites à partir
de 1957. La suite est dactualité : l'observation
permanente de la couverture terrestre et les mesures in situ,
jusqu'aux au confins du champ magnétique terrestre, ont
radicalement changé notre perception de l'environnement de la
Terre.
Plusieurs fois par jour, les cartes météo
de la télévision nous rappellent la grande conquête spatiale,
mais l'arbre cache la forêt, l'étude de la haute atmosphère a
ouvert la voie à bien dautres applications, transformant
profondément notre vie.
Le GPS (global positioning System) par exemple, ce dispositif qui
permet à chacun de connaître immédiatement sa position en
n'importe quel point du globe est indissociable de l'étude très
fine des perturbations des trajectoires des satellites ;
perturbations liées aux micro-variations de la gravité, à
l'atmosphère résiduelle à haute altitude et à la pression de
radiation.
D'autres retombées sont inattendues, comme ce système
d'interrogation par satellite, initialement conçu pour l'étude
des vents d'altitude et appliqué aujourd'hui à la localisation
de toutes sortes de balises, pour des applications aussi diverses
que l'interrogation des sondes météorologiques, le suivi des
navires, la migration des espèces animales ou encore la dérive
des continents.
Mais gagner en altitude ne suffit pas, avant d'en arriver où
nous en sommes, il a fallu, de l'Antiquité à nos jours,
construire laborieusement un socle scientifique.
Commençons par le début
Pour cette histoire, nous suivrons un fil
conducteur, de la Terre à l'espace, en nous cantonnant à
l'étude de l'environnement de notre planète, du sol jusqu'aux
limites du champ géomagnétique, sans trop nous écarter des
découvertes faciles à expliquer.
D'abord il a fallu observer, cest évident, mais aussi
imaginer. Imaginer un ordonnancement mathématique de
lunivers, imaginer qu'une force agisse à distance, que
l'air soit pesant, qu'un courant électrique parcourt la très
haute atmosphère... Des concepts aujourd'hui familiers, mais
dont la découverte a exigé des trésors d'intuition,
d'observation et de déduction, avec des rebondissements dignes
d'enquêtes policières.
Le génie et une pincée de chance ne suffisent pas,
l'épanouissement de la science suppose des conditions
matérielles et surtout un état d'esprit qui ont marqué deux
grandes périodes de notre Histoire, suivant une chronologie qui
ne doit rien au hasard.
La première sachève avec laffaissement de la
civilisation grecque tandis que la seconde sétend de la
fin du Moyen âge à nos jours.
Tout commence avec l'Antiquité grecque,
depuis sa naissance, six siècles av. J.-C., jusqu'à sa
disparition au IIIe siècle.
Les idées circulent grâce à un socle linguistique commun, à
l'usage du papyrus venu de la vallée du Nil et à cette voie de
communication naturelle que constitue la mer Egée. Une voie
commode car le ciel y est clair et la mer, sans écueil ni
marée, baigne de nombreuses îles entre lesquelles il est facile
de naviguer " à vue ".
Le grand mérite des Grecs est d'avoir bâti des théories à
partir d'observations irréfutables, c'est-à-dire permanentes et
indépendantes de l'observateur. " Sauver les
apparences ", (tout en ayant conscience d'une nature
plus complexe du réel), tel était le mot d'ordre et pendant
plusieurs siècles, l'effervescence sera grande autour de petits
groupes de philosophes, enseignant et discutant pour essayer de
comprendre le monde qui les entoure. Chaque cité aura son
centre, le flambeau de la renommée passant de l'une à l'autre
pour aboutir finalement à Alexandrie.
Sur la base de l'universalité et de l'intemporalité des lois de
la nature, les Grecs vont construire progressivement une
interprétation cohérente du monde. Pour eux l'espace et le
temps sont invariables et l'univers existe depuis toujours car
rien ne révèle une quelconque évolution, pas plus la ronde des
astres dans un ciel immuable que le cycle de la nature, année
après année.
Dans cette construction, la Terre sphérique est au centre,
puisque les astres tournent autour et que tous les objets tombent
verticalement. Apparemment, tout concorde à ce que l'homme soit
au cur de l'univers et qu'il en soit la finalité.
Pour compléter le tableau, l'air et l'eau, qu'on ne sait pas
décomposer, sont des éléments c'est-à-dire, avec la terre et
le feu, les briques primordiales dont le monde est construit,
comme seront les atomes, quelques siècles plus tard.
Au-dessus de l'air qu'on respire, l'éther est
énigmatique : un vide qui n'en est pas un puisque la
lumière le traverse. Certains le considèrent comme le
cinquième élément, la " quinte essence ",
dont les forces répulsives tiennent les astres en place dans
leur course éternelle, tandis que pour d'autres, le ciel et les
planètes roulent sur des sphères transparentes.
Cette construction trouvera son couronnement avec le système de
Ptolémée où le Soleil et les planètes tournent sur des
cercles qui roulent les uns sur les autres, la Terre immobile
près du centre. Mais cette ronde, pourtant compliquée, ne rend
compte qu'imparfaitement du mouvement des planètes. Là, comme
ailleurs, le système finit par être à bout de souffle et
appelle une remise en question dont les Grecs sont incapables,
faute d'instruments de mesure nouveaux.
Est-ce un hasard si la civilisation grecque s'éteint lorsque ses
mythes ne sont plus controversés ? La remise en cause,
n'est-elle pas la jouvence d'une civilisation ? Il reste que
l'apport est de taille. Positif avec un ordre universel
découlant de l'observation et de théories suffisamment robustes
pour convaincre les esprits logiques de l'époque, négatif
aussi, avec des concepts, comme le phlogistique ou l'éther, qui
sont autant de chemins où la science va se fourvoyer pendant des
siècles.
Les conditions d'une révolution scientifique
Dès le Moyen âge les architectes des
églises et des monastères se jouent des frontières, mais les
déplacements restent limités. Le développement de l'économie
de marché, avec lessor des villes, des circuits marchands
et des foires, va faciliter les échanges et transformer les
voies de communication.
Le latin, commun aux élites, et bientôt limprimerie vont
donner aux relations culturelles une densité nouvelle. L'Europe,
qui s'ouvre à la modernité, va devenir progressivement un
espace culturel de liberté. Si bien qu'à partir du XVIIe
siècle et surtout du XVIIIe les élites, qu'elles
soient artistiques ou scientifiques, vont parcourir l'Europe dans
une liberté de mouvement que même les guerres n'entraveront que
partiellement.
Certes, les trafics commerciaux dépassent le cadre de l'Europe,
mais les échanges scientifiques n'y jouent qu'un rôle très
limité et les autres continents resteront, pour longtemps, en
dehors de la révolution scientifique qui se prépare.
Sans la faveur des Princes, pas de science
possible. La richesse nouvelle et lappétit de prestige les
poussent à entretenir les savants. Lexemple de
Frédérique II de Danemark qui, au XVIe siècle,
installe somptueusement Tycho Brahé dans son observatoire
dUranibourg est emblématique.
A lattrait du prestige, sajoute bientôt
lintérêt mercantile et militaire de la navigation au long
cours. Les états vont intervenir. Dabord lEspagne
(1598) offre une prime énorme pour la solution du problème de
la longitude en mer, bientôt suivie de la Hollande et de
lAngleterre, tandis quen France, Colbert crée
lAcadémie royale des sciences et lObservatoire de
Paris.
Au retentissement des découvertes répond laide accrue des
Etats. En France la Convention crée lécole normale et
lécole centrale des travaux publics (future école
polytechnique) tandis que les universités développent leurs
activités de recherche.
Les enjeux deviennent industriels et, pour encourager les
inventions, le brevet, parti de Venise en 1474, est accordé aux
inventions nouvelles. Les résultats ne tardent pas. Au XIXe
siècle, les établissements industriels vont éclore, à
commencer par les ateliers de chimie en France, suite à
l'impulsion de Lavoisier (savon, eau de javel, gaz d'éclairage
etc.).
" En Europe, la période
médiévale qui succède à l'Antiquité commence mal. Bâtie sur
les écritures, la pensée chrétienne sinterroge mais
reste dogmatique. La Bible est là pour décrire le monde avec
des concepts proches de ceux des Grecs, à l'exception néanmoins
de l'univers, qui n'est plus éternel mais relève désormais
d'une création divine. "
L'uvre scientifique grecque, délaissée par les Romains,
l'est plus encore par les Chrétiens. Heureusement, les Arabes
ont récupéré les textes à la faveur de leurs conquêtes, des
textes qu'à leur tour, les chrétiens retrouvent, enrichis, lors
de la reconquête de la péninsule ibérique.
Plus d'un millénaire après le déclin dAlexandrie, la
Réforme semble donner le signal des remises en question
scientifiques, mais concomitance n'est pas forcément
corrélation.
Les premières contestations scientifiques sont avant tout
personnelles. Elles portent sur le ciel et sont le fait de
personnalités passionnées, généralement ombrageuses, dont les
rares associations, comme celle de Tycho Brahé et Kepler,
tournent souvent à l'orage. Portées par la curiosité
dune élite, les découvertes se répandent et les conflits
avec l'église vont devenir inévitables, symbolisés par le
procès de Galilée.
C'est donc à l'intérieur de l'Europe et
d'elle seule que va commencer la révolution scientifique. à la
base, il y a l'instrumentation de mesure. D'abord la mesure du
temps, peu précise au début, mais suffisante pour comprendre le
mouvement grâce à l'étude de la chute des corps, puis vient,
toujours de Galilée, la Lunette. D'un coup la surface
collectrice de l'il, donc sa sensibilité, est multipliée
par 50 (et ce n'est qu'un début), tandis que la résolution
gagne un facteur dix.
Ensuite, Newton décompose la lumière solaire dite lumière
" blanche " en ses différentes couleurs,
ouvrant la voie à la découverte du spectre électromagnétique
auquel l'il n'est sensible que dans une étroite bande de
longueurs d'ondes.
Enfin un peu plus tard, dans un tout autre domaine, la mesure
précise des volumes et des poids des gaz ouvre la voie à la
chimie.
Cible de ces mesures : le système solaire, l'atmosphère et
la nature de la lumière, avec comme motivation implicite,
toujours la même : la place de l'homme dans l'univers.
Le triomphe de la mécanique newtonienne semblera un moment
décisif et donnera naissance à un déterminisme dont on
reviendra par la suite, mais çà, les scientifiques de l'époque
ne limaginent pas
Les premières découvertes sont extraordinaires : le champ
magnétique terrestre, la morphologie de la Terre et de son
enveloppe (résultat des lois de la mécanique et des
observations astronomiques) et pour couronner le tout, la
composition de l'air dans ses principaux gaz. Qui dit
mieux !
Pour la faire repartir, il faut que la
physique fondamentale progresse, que la lumière, et plus
généralement l'électromagnétisme, livre ses secrets, tandis
qu'après le phlogistique, le calorique et les quatre éléments,
l'éther, l'un des derniers mythes antiques, va enfin céder,
après que Michelson ait montré l'invariance de la vitesse de la
lumière dans le vide.
La vision du monde en sera bouleversée jusqu'à remettre en
cause l'intangibilité de l'espace et du temps. Autre concept qui
s'écroule, celui d'un monde figé ou si vous préférez
stationnaire. Il est contredit de toutes parts, en astronomie
d'abord avec les explosions d'étoiles puis l'expansion de
l'univers, suite à l'énigmatique Big Bang, enfin dans les
sciences du vivant où l'évolution des espèces devient
évidente.
Alors que, l'un après l'autre, les élémants des mythes
antiques s'effondrent, un nouveau venu entre en piste dans la
plus grande circonspection tant ses prédécesseurs ont laissé
un goût amer : l'atome revient comme constituant ultime de
la matière, tel que Démocrite l'avait déjà suggéré.
Les bases acquises, l'étude de l'enveloppe
terrestre peut reprendre. La composition de l'atmosphère, avec
ses gaz rares et sa couche d'ozone, est approfondie, son histoire
en partie élucidée et l'on va comprendre et surtout utiliser
les propriétés électromagnétiques des couches supérieures de
l'atmosphère, pourtant inaccessibles, où photodissociations et
ionisations sont les phénomènes essentiels.
Simultanément les détecteurs, qui couvrent désormais la
totalité du spectre électromagnétique (des ondes hertziennes
aux rayons X les plus durs), avec une résolution toujours plus
fine, montrent les limites des études menées du sol, tant les
hautes couches de l'atmosphère se révèlent opaques à la plus
grande partie du spectre des rayonnements électromagnétiques.
Autre motif de frustration : les rayons cosmiques qu'on ne
peut observer qu'après qu'ils aient été dénaturés par des
chocs avec les constituants atmosphériques, comme le montrent
leurs trajectoires dans les chambres de Wilson (cf. encart :
C.T.R. Wilson, les trajectoires des particules).
Dépasser l'altitude des ballons-sonde, un rêve totalement
inaccessible jusqu'à la fin de la deuxième guerre mondiale.
L'éther enfin visité
Fille de la guerre, l'aventure spatiale va
donner un nouvel élan à la recherche, ouvrant l'accès aux
confins du bouclier magnétique terrestre et à l'observation
globale de notre planète. Plus que jamais les états sont
impliqués, car à l'intérêt industriel et militaire s'ajoute
le prestige scientifique, arme de premier ordre dans les conflits
médiatiques modernes.
Le développement des communications et des échanges, tout comme
l'énormité des budgets nécessaires ouvrent le jeu. L'Europe et
sa cousine américaine, qui désormais la dépasse, ne sont plus
seules en course, les coopérations entre laboratoires sont
désormais mondiales. Autre aspect des choses, les domaines
scientifiques longtemps bien distincts, sont aujourd'hui l'objet
d'une approche globale. On ne conçoit plus d'étudier le
comportement de l'atmosphère sans y inclure l'océan, la
couverture végétale, l'action du rayonnement solaire dans les
hautes couches et même l'évolution des activités humaines. Les
publications rassemblent souvent plus de dix auteurs venus
d'horizons différents et les paternités scientifiques
deviennent collectives.
Du croisement des disciplines scientifiques traditionnelles
naissent des voies d'investigation nouvelles, c'est ainsi qu'on
lit désormais l'histoire de l'atmosphère et des climats dans
les roches et les glaciers. Comprendre le passé pour essayer de
prévoir l'avenir, question d'une pressante actualité à l'heure
où la composition de l'air évolue d'une façon aussi rapide
qu'inquiétante.
Pour les mouvements de l'atmosphère, et
surtout leur prédiction, l'histoire est bien différente. Passé
le stade des observations empiriques, on a cru un moment que les
lois de la thermodynamique et de la dynamique des fluides
permettraient d'étayer des prédictions à long terme. Il
suffisait de disposer d'un réseau d'observation suffisamment
dense et d'ordinateurs capables de les digérer mais, avec
l'arrivée de ces moyens et l'ère des modélisations, il a fallu
déchanter.
Dabord, tout nest pas modélisé, car avant il faut
comprendre, et il reste à faire
Ce sera à nos plus jeunes
lecteurs de nous expliquer linfluence sur le climat des
variations de lactivité solaire et d'autres encore.
Ensuite on sest aperçu qu'une infime variation dans une
situation météorologique initiale pouvait entraîner des
évolutions complètement différentes. C'est le fameux
" effet papillon " où un battement d'aile de
papillon peut engendrer, longtemps après, un ouragan en Floride.
Dans ces conditions, les prévisions au-delà de quelques jours
paraissent bien aléatoires, soumises au contingent.
Pour finir, mais jusqu'à quand ? Le développement des
moyens de calcul fait rebondir la question. En assimilant
l'atmosphère en mouvement à une multitude de tourbillons
élémentaires, les modèles restituent de mieux en mieux
l'évolution des grandes masses atmosphériques organisées en
gigantesques structures dépressionnaires et anticycloniques,
comme par exemple la dépression du sud de l'Islande ou
l'anticyclone des Açores. La relative stabilité, prévisible,
de ces grands centres laisse espérer, dans l'avenir, des
prévisions à dix ou quinze jours.
Dans ce récit, l'accent a été placé sur l'intuition et la
rigueur à l'origine des grandes découvertes, ainsi que sur
l'étroite soumission des observations aux techniques disponibles
et, plus inattendu, aux mentalités. En d'autres termes, on a
cherché à placer le lecteur dans la situation de l'époque et
à lui faire suivre la construction progressive de la méthode
scientifique, en réduisant les explications mathématiques au
minimum.
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