Naissance de la géologie historique
La Terre, des "théories" à l'histoire

Gabriel Gohau,
Collection Inflexions, dirigée par Jean Rosmorduc
ISBN 2-909680-52-5, 2003, 124 pages, 15 € franco de port
coédition Adapt-Vuibert

   Au lendemain de la révolution galiléenne, on sait que la place de la Terre n'était plus au centre de l'univers. Commençant alors de s'interroger sur l'histoire du globe, les savants ont voulu lui donner un âge, en cherchant des archives capables de témoigner des époques traversées. Amorcée au XVII° siècle, cette quête - celle d'une histoire de la naissance de l'Histoire - s'est poursuivie jusqu'au XIX° siècle.
   De cette longue genèse, est née une nouvelle idée de la géologie, libérée cette fois des théories de la Terre, ces systèmes anciens qui n'avaient pas été soumis à l'épreuve des faits.

   Avec la stratigraphie puis la tectonique, on saura désormais comment identifier, déchiffrer et dater les archives de la Terre sans faire appel à des causes mystérieuses. Contemporaine de l'élaboration de la biologie, celle de la géologie historique conduira à la tectonique des plaques tandis que naîtra par ailleurs la biologie moléculaire.
   Aujourd'hui encore, en permettant de valider ou réfuter les hypothèses de la théorie des plaques, cette géologie faite de science et d'histoire montre combien peut se révéler fructueuse l'étude des tâtonnements qui font émerger un savoir.

   Très illustré, tant par des gravures que par des textes d'époque, doté d'une bibliographie et d'un index, ce petit volume d'histoire des sciences contient des informations qui satisferont la curiosité de tous les lecteurs.

Président du Comité français d'histoire de la géologie, Gabriel Gohau se démarque ici de l'historiographie traditionnelle. Il s'adresse ici dans la même progression à l'étudiant curieux et au collègue exigeant. Extraits de textes de l'époque et gravures raviront les lecteurs imprégnés d'histoire des sciences comme ceux familiers seulement de "l'état actuel de la science". Ce livre devrait donner envie aux géologues amateurs comme avertis de tenter de
re-parcourir les Alpes en faisant semblant d'avoir tout oublié.

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  Sommaire   Avant-propos
   L'auteur Les auteurs  

Sommaire

Avant-propos

Préambule. Il y a histoire et histoire

Révolution dans les sciences de la Terre ?
Contingence et archives de la Terre

Chapitre 1. La première révolution géologique

" Quand les géologues étaient historiens "
Descartes : la formation de la Terre
Sténon : les principes de la géologie

Chapitre 2. Les ordres de montagnes

Théories de la Terre
Montagnes primaires et secondaires
Buffon : les longues époques de la nature

Chapitre 3. La succession des couches *

La division des montagnes secondaires
Le neptunisme, explication de l'ordre des couches
Une science nouvelle au service des mineurs

Chapitre 4. Une mosaïque de régions

Une ambition restreinte
Remonter à partir du présent
Le besoin de préciser les archives

Chapitre 5. Les fossiles relaient les terrains

Dater les terrains par les fossiles
La disparition des espèces...

Et les espèces nouvelles ?

Chapitre 6. Les archives tectoniques

Les systèmes de montagnes
Un principe de direction
Hutton et les soulèvements
Le plutonisme des disciples de Werner

Le sens de l'histoire

Le niveau de base paléontologique
L'organisation du globe
Le progrès de la société

Epilogue

Annexes

Subdivisions des temps géologiques
Ouvrages recommandés
Bibliographie
Index

Avant-propos

Prétendre reconstituer la naissance d'une discipline scientifique, c'est afficher la certitude de découvrir, en remontant vers le passé à partir de l'état actuel de la science - car toute investigation est rétrograde, au moins dans un premier temps - un stade où cette discipline se dissout à jamais. Mais, pour être certain d'y être parvenu, il serait prudent de chercher ce qui occupait alors le champ correspondant.

Depuis que Gaston Bachelard a médité sur " la formation de l'esprit scientifique ", toute une école d'épistémologues s'est préoccupée de ce savoir d'avant la science. Ainsi s'est forgé le concept d'idéologie scientifique, dont les principaux défenseurs furent Michel Foucault et Louis Althusser. Georges Canguilhem, qui leur avait transmis l'héritage de Bachelard, donna au concept une touche personnelle, avec les nuances qui caractérisaient sa pensée. S'il existe, comme le dit l'école althussérienne, une coupure épistémologique à la base de toute science, l'idéologie, entendue au sens où Marx la considérait dans le domaine social, précède la science.

De cet ensemble de réflexions résulte une interrogation sur l'archéologie du savoir et sur la légitimité de parler de " la médecine, la grammaire, l'économie politique ", comme si ces disciplines avaient existé de toute éternité.

En choisissant de retracer la géologie historique, mon objectif n'était pas de prendre parti dans ces discussions. Lorsqu'on m'avait demandé d'écrire une histoire de la géologie, pour une collection dont le cahier des charges imposait de partir de la science antique, je n'avais eu aucune peine à retrouver des théories sur l'évolution de la Terre, tant chez Aristote que chez les stoïciens. Et si, plus tard, j'ai sous-titré une autre étude, consacrée aux xviie et xviiie siècles, " naissance de la géologie ", ce fut plus par concession à l'éditeur que par conviction que le savoir antérieur était d'une autre nature.

Ce qui est certain c’est que, d'une part, le savoir antérieur à la révolution astronomique galiléenne (ou copernicienne) est radicalement différent, séparé de la science moderne par une visible coupure que les épistémologues les plus continuistes ne sauraient nier, mais que, d'autre part, ce savoir n'est pas négligeable, puisque la Terre, centre du monde, est partie constitutive du cosmos et, donc, qu'elle est étudiée dans toutes les cosmologies, des plus mythiques aux plus rationnelles, qui ont fleuri au long des âges. En réalité, si le sujet de ce livre est une naissance, c'est par suite de la conviction qui est la mienne qu'on ne pouvait formuler une histoire de la Terre, pas plus d'ailleurs que de l'ensemble du cosmos, avant la révolution astronomique. La naissance des sciences de la Terre est peut-être délicate à situer, en revanche, celle de leur dimension historique s'impose.

Sans doute, pour ma part, n'ai-je pas cessé depuis plus de vingt ans d'avoir le problème à l'esprit. Dans la présentation de ma thèse, consacrée à " une histoire de la tectonique ou de la prétectonique, à moins que ce ne fût une préhistoire de la tectonique ", je soulignais déjà que je m'étais heurté à la géologie historique pourtant fille de la paléontologie plutôt que de la tectonique, pour la raison simple que ce qui tient lieu, au xviiie siècle, de " stratigraphie ", repose encore sur l'étude des montagnes (le Gebirge des Allemands, qui a un sens lithologique autant que tectonique) plus que sur l'usage des fossiles.

Ainsi la géologie historique courait-elle en filigrane dans cette étude non publiée. Probablement demeura-t-elle présente à mon esprit dans les travaux postérieurs, au point qu'on doit se demander s'il était utile d'en faire l'objet d'une étude séparée. Je ne l'ai pas fait sans hésitation. Le lecteur jugera si j'ai eu raison, et si j'ai su lui épargner les répétitions.

Gabriel Gohau

L'auteur

Gabriel Gohau,
Président du Comité français d'histoire de la géologie, Docteur en histoire des sciences, Agrégé de sciences naturelles, longtemps professeur de lycée en sciences de la vie et de la Terre, il appartient actuellement à l'équipe REHSEIS du CNRS. Il a reçu en 1994 le prix Wegmann de la Société géologique de France.

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