Etre C.p.e. Aujourdhui
Mai 2000 - 160 pages - ISBN n°2-909680-33-9
- 12,96 euros
Le C.p.e. se situe à la croisée des chemins du pédagogique et de léducatif, parfois de ladministratif. Adulte-relais dun quotidien scolaire très multiforme, il doit faire preuve de réelles facultés dadaptation aux changements de la société, aux nouveaux publics, aux demandes des jeunes, de leur famille, mais aussi de ladministration. Ses évolutions successives sont le plus souvent des réponses aux attentes du terrain.
Cet ouvrage composé darticles de spécialistes, de témoignages de C.p.e., danalyses de formateurs, dune enquête très complète auprès dun nombre significatif de collègues fait le point sur la spécificité de la fonction actuelle de C.p.e. Il donne à apprécier à tous ceux qui sont concernés par le système éducatif du second degré, limage dun métier jeune, totalement émancipé de lancienne figure du " surgé " et qui sinvente en permanence.
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Préface
I. Le Statut de C.p.e
- Du Surveillant Général au Conseiller principal déducation. P. Serazin
Le C.p.e. : un métier ou un emploi. R Ballion
- Un métier davenir ? Y. Dutercq
La circulaire de 1982. Textes officielsII. Fonctions du C.p.e.
Décret de 1989. Art. 4.
Entre péril dabsorption et nouvelle intelligence de la pédagogie. C. Caré
- Produire de la globalité, interview de R. Ballion
La médiation scolaire : modèle de régulation des conflits. J. P. Bonafé-Schmitt
- Le C.p.e. et la médiation. D. Durand
Le C.p.e. " pivot de létablissement ". R. Ballion
- Léducation à la citoyenneté ou du concept d" heure de vie scolaire ".
- Entre école et famille. R. Remy
III. Formations du C.p.e.
- IUFM. Formation et mission du C.p.e. C. Monin
- Sujets de concours
- La formation en jeu/enjeux de la formation.
Une expérience de formation continue : le GAFVS.IV. Enquête sur les C.p.e.
- Résultats dune enquête menée en 1994/1995.
Introduction Le service des vacances La circulaire de 1982 Les tâches refusées Situation des C.p.e. Le métier tel que vous souhaitez quil évolue Conditions de travail La formation Equipe pédagogique Les revendications Logement de fonction Le métier tel que vous lexercez Commentaire et conclusion
- Quand les stagiaires IUFM se représentent leur futur métier
- Quand les professeurs se représentent le C.p.e
- Quand les parents se représentent le C.p.e
Ouvrage coordonné par Jean-Paul Falcy,
avec des contributions de
- Pierre Serazin, C.p.e., Caen
- Yves Dutercq, INRP, Paris
- Robert Ballion, Sociologue, Bordeaux
- Damien Durand, Principal de collège, Isère
- Claude Monin, C.p.e., Grenoble
- Régis Remy, C.p.e., Caen
- Evelyne Salé, C.p.e., La Roche-sur-Yon
- et le secteur C.p.e. du S.n.e.s.
Malgré les turbulences que lon connaît, on sait ce quest un professeur, les professeurs savent ce quils sont. On sait ce quest un chef détablissement, les chefs détablissement le savent aussi. On pourrait décliner ceci avec les autres professions qui vivent dans les établissements scolaires, personnels administratifs, infirmières, documentalistes, Mi/Se, etc.
La fonction du C.p.e. est plus difficile à cerner. Le C.p.e. est même, dit-on, " en quête didentité " A la différence des autres professions éducatives, des professeurs par exemple qui sinscrivent dans la tradition, qui la continuent tout en la transformant, le C.p.e., lui, est en rupture avec sa tradition comme lanalyse larticle de P. Serazin : le " surgé " dhier a disparu et ce malgré la demande souvent renouvelée de linstitution dun retour en arrière. Dans un langage sociologique, on dira que le C.p.e. a changé de rôle, il ne fait plus ce quon attendait de lui, et il demande un statut : il attend, comme lindiquent les témoignages des C.p.e. stagiaires, un comportement professionnel nouveau des autres partenaires de léducation à son égard.
" Le C.p.e. en quête didentité " est pourtant une expression doublement paradoxale. Dune part, les résultats de lenquête reprise dans cet ouvrage, menée en 1995 par Evelyne Salé auprès des C.p.e. sur leurs conditions de travail et sur leurs aspirations révèlent certes des différences, mais jamais de contradictions, plutôt des convergences profondes. Les C.p.e. ont une représentation assez homogène de leur métier. On peut se demander si cette identité ne fait pas plus question pour tous les autres partenaires du système éducatif que pour eux mêmes.
Dautre part, le statut du C.p.e. ne fait pas non plus question pour les élèves. Cet ouvrage montre des actions entreprises par les C.p.e. qui répondent à une demande des élèves et des familles. Le C.p.e. est loreille de la société civile. Il enregistre ses évolutions contradictoires - aspirations individualistes, revendications démocratiques, tendances consuméristes, difficultés sociales, familiales, individuelles des élèves pour construire son travail éducatif et pour favoriser les apprentissages scolaires des élèves.
En cela, le statut du C.p.e. vit dans une " morale de lambiguïté " pour paraphraser la formule de S. de Beauvoir, entre linstitution et la société civile, entre ladministratif et le pédagogique, entre léducatif et linstructif, entre les professeurs et les élèves ou les familles. Doù limportance dune formation généraliste selon R. Remy et C. Monin.
Pourtant, le métier de C.p.e. reste une interrogation souvent pour eux-mêmes et pour léquipe éducative. Cet ouvrage non exhaustif sur la réalité de ce métier nouveau voudrait uvrer à la " reconnaissance " du C.p.e. en apportant un éclairage sur son rôle. Il sagit de faire comprendre que la position intermédiaire, médiane, entre-deux du C.p.e. nest pas de la bâtardise, ni un lieu indifférencié qui pour les uns serait un bouche-trou bien utile, pour les autres un flou artistique plaisant ou dérisoire. Le statut du C.p.e. est, comme le montrent R. Ballion et D. Durand, dans le médian, dans " linter " et en tant que tel, il est instable, fluctuant peut-être, mais aussi dynamique, évolutif. Cette évolutivité souvent incomprise est inconfortable mais elle est un atout du métier. Daucuns voudraient que le C.p.e. soit " attaché "à la sphère de ladministration, dautres que cette fonction disparaisse et que le rôle soit repris par les professeurs eux-mêmes. Or, comme lécrit Y. Dutercq, cest un métier davenir.
La présence du C.p.e. aux côtés des professeurs, ne serait-elle pas, en effet le garant du maintien de lidéal de laïcité de lécole de la République ? La complémentarité, et non la fusion des fonctions de C.p.e. et de professeurs ne serait-elle pas la condition de lexercice équilibré de linstitution ? Ne pas demander aux professeurs dêtre dabord ou exclusivement des éducateurs, mais leur demander dinstruire, cest poursuivre, selon Condorcet, lidéal républicain de lémancipation de lindividu et de la formation du jugement du futur citoyen par le savoir. Faire du professeur essentiellement un éducateur, cest risquer den faire un simple dispensateur de morale, - il faut dire que lécole ne sen est pas privé, lanticléricalisme dhier était une forme de cléricalisme - cest risquer lentrée de toutes les idéologies ; on le constate déjà hélas dans la classe (" le foulard ", la morale puritaine, lidéologie de lentreprise). Moins de savoir, cest plus didéologie et plus didéologie, cest moins démancipation. Par ailleurs, lacte denseigner requiert une " neutralisation " sociale et psychologique de lindividu dans lespace de la classe, une sorte despace psycho-intellectuel déréalisé, abstrait, déconnecté de la vie pour permettre la mutation spirituelle, inhérente à tout apprentissage.
La violence symbolique inéluctable, lexpérience de la " rupture épistémologique " selon lexpression bachelardienne nest pas vécue comme une agression si elle se joue à partir de la fiction du " groupe classe " dégagé des pesanteurs concrètes des individus. On critique beaucoup lécole aujourdhui de ne traiter les élèves que comme des individus abstraits mais on oublie un peu trop vite que cest peut-être la condition majeure de lapprentissage et du dépassement de soi, et que le problème est moins dans ce fait de labstraction que dans la manière damener les élèves à sabstraire.
Comment sintègre alors le travail essentiellement éducatif du C.p.e. dans lémergence du sujet comme élève ? En mettant en contact la société civile, la famille, lindividu et linstitution, en étant à son écoute, en discutant avec les parents et les élèves, en reconnaissant la légitimité du point de vue des familles, il peut favoriser lesprit de citoyenneté des uns et des autres par leur plus grande implication dans le fonctionnement de lécole. Il peut aussi permettre à linstitution de prendre conscience de ses insuffisances ou de ses limites et aider les professeurs à mieux se situer par rapport à leur public. En tenant en même temps le point de vue de linstitution, le C.p.e. éviterait les dérives populistes, démagogiques et moralistes, il aiderait les familles à mieux comprendre les finalités de lécole et de lenseignement et lélève à sépanouir dans et par le savoir.
La collaboration sur fond de distinction entre le professeur et le conseiller protège et respecte l'élève comme individu et l'individu comme élève car elle maintient l'articulation et la distinction entre la vie privée et la vie publique du jeune et empêche de fusionner "la personne" et "l'élève ". Considérer un jeune seulement comme " élève", sans existence concrète, sans histoire, ne permet pas toujours un bon enracinement du travail pédagogique, mais ne considérer un jeune que comme " personne" , par définition respectable en soi, empêcherait tout travail de conversion par l'instruction. C'est parce que le C.p.e. considère la personne dans l'élève qu'il peut travailler les conditions psychologiques et sociales de l'apprentissage et c'est parce que le professeur voit dans la personne un élève qu'il peut donner les conditions intellectuelles de l'apprentissage. Le premier sans le second est une démarche vide, le second sans le premier une démarche aveugle.
" En quête de C.p.e." ne veut pas alors signifier seulement, " à la recherche dune reconnaissance statutaire ", " à la recherche dune légitimité " mais, suggère que le C.p.e. est " requis ", par les professeurs et par les élèves, comme un élément important pour que lécole continue à être lécole républicaine, lécole du savoir pour tous.
Jean-Paul Falcy.