Conseillers
d'orientation-psychologues
:
déontologie
et pratiques
Cet ouvrage propose
une réflexion sur les devoirs d'une profession face à des
publics et des pratiques en évolution rapide et rassemble tous
les textes officiels réglementant les différents aspects du
métier de conseillers d'orientation-psychologues.
par le collectif
des Conseillers d'Orientation - Psychologues du SNES
1995 - 40 pages -
5,34 euros - ISBN 2-909680-16-9
Introduction
- Déontologie : questions d'urgence.
- En janvier 95, le SNES
organisait un stage syndical national sur les questions
d'éthique et de déontologie. Ceci montre clairement
combien aujourd'hui au travers des pratiques sont mises
à l'épreuve la conception de la personne à laquelle se
réfère le psychologue, ainsi que son identité
professionnelle et la spécificité de son approche.
- Ces interrogations ne sont
pas nouvelles. Il est logique qu'une discipline qui vise
à comprendre le psychisme humain, se préoccupe de ses
méthodes, de ses applications et de leur développement.
Mais aujourd'hui, la recrudescence des problèmes
d'Ethique et de Déontologie concerne l'ensemble de la
scène sociale. On assiste en effet à un double
mouvement contradictoire.
D'un côté les progrès des
sciences et de la Technologie peuvent donner l'illusion
de la toute puissance de l'Homme. Ainsi tout
particulièrement dans le domaine de la génétique les
nouvelles possibilités d'intervention directe sur les
gènes (Clonage, fécondation médicalement assistée,
thérapies géniques ...) montre l'étendue du pouvoir
sur l'Humain mais pose avec plus de force que jamais les
questions de la responsabilité des chercheurs, de
finalité sociale de la science et de définition de
l'Homme.
D'un autre point de vue, dans le
domaine social et économique, l'avenir ne semble pas
disposé à se laisser enfermer dans des courbes de
croissances informatisées. L'incertitude est grande et
l'inquiétude face à la société de demain, ses idéaux
et ses valeurs ne le sont pas moins.
La tentation est grande alors de
rechercher dans des réponses technicistes, dans des
outils ou méthodes "miracles" des réponses
rassurantes tant sur la plan social que personnel. Ainsi
ces dernières années ont pu croître et embellir toutes
sortes de cabinet de recrutement, censés grâce à des
bilans adéquats fournir aux entreprises les employés
les plus performants et les plus adaptables. On a
également vu fleurir une multitude de services
télématiques ciblant l'angoisse des chômeurs ou des
jeunes en formation pour les éclairer sur leur potentiel
intellectuel ou leurs chances d'insertion.
Le champ éducatif n'est bien
sûr pas exempt de ce mouvement. La thèse de
l'inadaptation de l'Ecole à des "gisements
d'emplois mythiques" est réactivée périodiquement
par les milieux patronaux. Il importe donc de mieux
réguler les flux. Toutefois comme le recours à des
procédures autoritaires semble difficile, c'est en amont
au moment de l'élaboration des projets qu'il conviendra
de faire porter les efforts.
Par le biais des technologies
modernes, l'institution scolaire a aujourd'hui accès aux
épreuves psychologiques d'aptitudes, d'intérêt, de
personnalité ou à des outils qui sans en avoir la
validité, ni la fiabilité sont présentes comme tels.
On en attend souvent la détermination de profils qui
pourrait correspondre à des profils d'emplois ou la
solution à des problèmes d'échec ou de comportement.
Cette tendance s'explique par la
difficulté du système éducatif et tout
particulièrement de l'éducation Nationale à
reconnaître la place de la psychologie et des
psychologues en son sein. Ceci se manifeste par deux
travers majeurs.
D'une part, la réticence
à admettre la spécificité et la professionnalité de
l'intervention des psychologues, conduit à privilégier
la mise en oeuvre d'actions ou de dispositifs qui
organise la confusion des rôles et la dilution des
compétences. Un exemple nous en est fourni par le
développement du concept d'écoute. Pour répondre au
"mal être" des adolescents, des espaces
d'écoute ont été introduits ici ou là mais sans que
les objectifs, les références et les compétences
n'aient été définis : qui écoute ? Comment ? Pour qui
et Pourquoi ? tout ceci reste à l'appréciation des
participants et peut donc donner lieu à dérapages.
D'autre part,
l'institution scolaire en devenant utilisatrice d'un
certain nombre d'outils ou de méthodes utilisées par
les psychologues, réagit en leur appliquant les règles
pédagogiques en vigueur (notamment l'obligation et
l'évaluation). Ainsi le champ du
"Psychologique" est en apparence pris en compte
dans l'Ecole mais la professionnalité des compétences
à mettre en oeuvre et le caractère particulier des
interventions est ignorée. Les psychologues de
l'éducation sont donc confrontés dans leurs pratiques
quotidiennes à ces dérives qui s'ajoutent aux questions
habituelles rencontrées par tous les psychologues : le
secret professionnel et le travail pluridisciplinaire, la
conservation et la transmission des résultats des
évaluations, l'existence des dossiers, l'indépendance
professionnelle ...
Ces difficultés prennent un
relief tout particulier dans l'institution scolaire du
fait de la tendance du "Pédagogique" à
absorber "le Psychologique" mais également par
le caractère "captif" du Public. La tentation
est donc grande de faire comme si on pouvait faire
l'économie d'une information éclairée des élèves et
de leurs familles, du respect du volontariat et du
secret, du recueil de l'autorisation avant toute
intervention ... Toutes règles que les psychologues en
référence au code de déontologie s'imposent.
- Devant
ces dysfonctionnements les psychologues ne restent pas
inactifs. On se souvient que c'est de la pratique d'abord
aux USA en 1953, puis en France en 1958 que l'expression
des psychologues sur ce sujet va naître. En 1961, c'est
la société Française de Psychologie réunissant
praticiens et chercheurs qui élabore le 1er code de
déontologie devant servir de norme de conduite à tous
les psychologues. Il rappelait comme règle principale
que les recherches et les utilisations de la Psychologie
ne devaient en aucun cas porter atteinte à la dignité
humaine. En 1987, les évolutions dans l'utilisation des
techniques psychologiques amène l'ANOP à insister dans
le nouveau code sur la nécessité de s'entourer du
consentement du sujet avant toute démarche le concernant
et d'informer les usagers sur les garanties de sérieux
offertes par les actes des psychologues.
- Aujourd'hui
un pas de plus est à faire.
La Société Française de
Psychologie à laquelle le SNES appartient ainsi que
l'ANOP se sont attelés à la réactualisation du Code de
1987. Dans le cadre de la commission Education, le SNES y
prend toute sa place et a participé à l'organisation de
2 journées de réflexion sur ce thème le 11 juin 1994
et le 24 juin 1995. Il semble toutefois aujourd'hui
devant la multiplicité des problèmes posés que les
psychologues ne peuvent plus se contenter d'édicter des
règles de bonne conduite pour eux-mêmes.
Tout particulièrement dans le
cadre institutionnel, il importe qu'une sorte de Charte
en direction des usagers soit largement popularisée.
Elle pourrait reprendre en termes simples les principes
auxquels se réfèrent les psychologues , leurs
engagements, les droits de ceux qui les consultent.
Mais un effort important
d'information doit également être réalisé à
l'intérieur même de l'Institution vis-à-vis des
partenaires. Il est aujourd'hui de la responsabilité du
psychologue de sensibiliser et d'informer largement les
enseignants, les chefs d'établissement sur les questions
liées à la déontologie et sur les textes
réglementaire.
Enfin, il ne faut pas oublier que
jusqu'à présent si la loi de 85 protège l'usage du
titre, elle ne protège pas les pratiques. Ainsi tant que
n'est pas inscrite dans la loi l'obligation pour les
utilisateurs de techniques psychologiques de respecter un
certain nombre de conditions notamment celles de la
compétence, c'est par l'affirmation claire et efficace
des exigences des psychologues quant au caractère
scientifique et déontologique de leurs interventions que
l'on pourra le mieux mettre en garde les usagers contre
les pratiques douteuses.
Il est clair que dans nos
services, une grande vigilance s'impose. Les exemples
sont encore nombreux de pressions exercées par
l'autorité administrative sur les conseillers
d'orientation-psychologues, ici pour qu'ils jouent le
rôle de psychotechniciens pour l'inspection académique,
là pour qu'ils adoptent certaines modalités
d'intervention discutables. De plus on ne peut qu'être
frappés de l'apparente facilité avec laquelle des
organismes à but lucratif utilisent les canaux du
service public pour investir le champ de la psychologie
(orientation - conseils et soutien scolaire ...).
Saisie de tels dérapages,
l'organisation syndicale a pu à chaque fois réagir en
rassemblant les collègues autour d'une même
protestation. Mais il est aujourd'hui nécessaire d'aller
plus loin dans la réflexion sur nos propres pratiques et
faire respecter nos exigences avec l'appui des usagers.
C'est à cet effort que cette
brochure tente de contribuer. Elle reprend les
interventions éclairantes de R. Jenddah lors du stage
national, ainsi que les apports des stages
décentralisés organisés sur ce thème et animés
notamment par H. Facy.
C.
REMERMIER,
responsable du
secteur Conseillers d'Orientation-Psychologues,
Snes.
Sommaire
Eléments de réflexion
Déontologie : question
d'urgence
Vrai ou faux ? Droits des
usagers et pratiques professionnelles.
Ethique et projet
Codes de déontologie (SFP,
ANOP, AIOSP)
Textes réglementaires
Textes généraux
La profession de
psychologue
Le secret professionnel
Les droits de l'enfant
Informatique et libertés
Textes concernant l'Education
nationale
Collecte et transmission
d'informations nominatives
Traitement automatisé des
informations nominatives
Commissions d'éducation
spéciale
Emploi et recrutement
Les bilans de compétences
Recrutement et libertés
individuelles