Nos élèves du second cycle ont à pratiquer l'exercice du commentaire dans trois disciplines avec des consignes parfois très différentes. Comment s'y retrouvent-ils ? Que savons-nous, nous-mêmes enseignants, des exigences de nos collègues ? Cet ouvrage confronte les pratiques et les présupposés de l'exercice scolaire dans les trois matières, propose différentes approches disciplinaires du même texte ainsi qu'une mise en perspective historique des exercices et s'interroge sur la paraphrase qui est au coeur même de l'activité du commentaire.
1994 - pochette de 84 pages - 11, 43 euros - ISBN 2-909680-11-8
Avant propos
"Vous ferez de ce texte un commentaire"..., c'est par cette formule canonique qu'à partir de la classe de seconde au moins, commencent nombre d'exercices proposés en histoire, en français ou en philosophie.
En apparence rien de plus clair, puisque l'exercice de la "glose" est un des plus anciens peut-être de l'enseignement, un des plus nécessaires aussi sans doute. Au fond, faire un cours, n'est-ce pas toujours plus ou moins reprendre un texte, un ensemble de textes antérieurs pour le développer, l'analyser, l'expliquer, en un mot, le "gloser" ? Commenter est la pratique la plus naturelle qui soit pour l'enseignant. Faire pratiquer cet exercice à l'élève, c'est lui donner les clés, le faire boire à la source du savoir, le texte ou le document !
Tout le monde sait, bien entendu, que ce n'est pas si simple. Il existe des pratiques différentes, et pourtant tout aussi légitimes, de cet exercice de base. Déjà la tradition aristotélicienne dans la lignée d'Averroès en distinguait différentes versions : le petit commentaire se voulait explicitement paraphrase, mais paraphrase abrégée du texte aristotélicien ; le commentaire moyen se situait, lui, au niveau de l'explication tout en restant court ; le grand commentaire se caractérisait par sa longueur, justifiée par le fait qu'il confrontait les interprétations et relevait les difficultés.
Aujourd'hui l'exercice scolaire obéit à des règles qui se recoupent en apparence d'une discipline à l'autre mais qui pourtant relèvent d'exigences de nature différente.
Le refus de la paraphrase par exemple semble unanime. Paraphraser, c'est se livrer à la répétition du même, reformuler ce que le texte dit déjà si bien lui-même, c'est donc pratiquer une activité dénuée de sens. Mais là où le philosophe démonte un raisonnement pas à pas, montrant la logique de l'enchaînement des concepts, le professeur de français ne serait-il pas prêt à dire "paraphrase" ? A l'inverse, l'analyse d'une figure de style ou le repérage d'un champ lexical ne risquent-ils pas d'apparaître aux yeux du philosophe ou de l'historien comme un inutile bavardage ?
Le statut du texte n'est pas non plus le même. La critique se veut interne pour le philosophe et le littéraire, externe pour l'historien ; là où le philosophe recherche l'universel, le littéraire s'attache au particulier, l'historien au reflet d'une époque. Et que faire des rebonds qu'un texte provoque ? Le commentaire en français se méfie de ce qui est pourtant une des fonctions du texte, servir de tremplin à la réflexion ou à l'imagination, fonction que le commentaire philosophique juge indispensable dans sa partie critique.
Derrière un mot commun se cachent donc des expériences diverses. Ne serait-ce que pour connaître le contexte dans lequel chaque discipline exerce sa pratique, nous avons pensé qu'à titre d'information mutuelle, il n'était pas inutile de confronter ces pratiques, telles qu'elles sont mises en oeuvre pour le bac d'une part, mais aussi telles qu'elles se manifestent de façon plus générale dans les démarches d'enseignement. Nous avons adopté une démarche d'abord descriptive reprenant les instructions officielles et l'énoncé des principes dont relève ce type d'exercices dans les différentes disciplines. Le deuxième temps de notre démarche constitue une sorte de mise à l'épreuve de ces principes à travers des commentaires croisés de pages choisies dans la Préface du Discours sur l'Origine de l'Inégalité parmi les Hommes de Rousseau, La recherche du temps perdu de Proust, Eugénie Grandet de Balzac et le Mariage de Figaro de Beaumarchais. Enfin nous proposons, en trois étapes successives, quelques pistes de réflexion, avec un traitement particulier pour la paraphrase dont la définition permet de mieux cerner les contours mêmes du commentaire.
Si ce travail pouvait faciliter l'appréhension par les élèves des ressemblances et des différences, de la spécificité de l'exercice qu'on leur propose sous le même nom ou sous un nom voisin, alors nous aurions atteint un objectif essentiel. Peut-être cela permettra-t-il, de surcroît, de poser quelques-unes des questions fondamentales que ces exercices font surgir.
Luc Boucris
Catherine Elzière
Table des matières |
Ont apporté leur contribution |
Instructions
et instruments
Histoire - Français - Philosophie
Histoire - Français - Philosophie
Histoire - Français - Philosophie
Confrontations : pratiques du commentaire
Approche littéraire - Approche historique
Approche littéraire - Approche historique
Approche philosophique - Approche littéraire
Approche
littéraire - Approche philosophique Regard
d'ensemble
Questions au commentaire
en français - en histoire - en philosophie La paraphrase
Une
pratique pédagogique ancienne |
Catherine
Fuchs, Directeur de recherche au CNRS responsable du
Laboratoire ELSAR (Etude Linguistique de la
Signification, de l'Ambiguïté et de la Paraphrase) de
l'Université de Caen, auteur du livre "La
paraphrase", Puf, 1982. Anne-Raymonde de Beaudrap, maître de conférence à l'IUFM des Pays de Loire, auteur d'une thèse sur "L'histoire du commentaire de texte dans les études françaises". Francis Maure, président de la Régionale de Lorraine de I'APHG (Association des Professeurs d 'Histoire-Géographie). Luc Boucris, professeur de français au lycée Mounier de Grenoble (Isère), auteur d'une thèse sur "La montée du sténographe", Université de Paris VIII, 1987 et du livre "L'espace en scène", éditions La Librairie théâtrale, 1993. Philippe Solal, professeur de philosophie au lycée de La Garde (Var), auteur de "Préparation au Capes et à l'agrégation de philosophie guide du candidat", Adapt 1991. Jean-François Perrin, professeur de français au lycée technique Ferdinand-Buisson de Voiron (Isère), auteur d'une thèse sur "Le chant de l'origine, la mémoire et le temps dans Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau", Université de Paris III, 1992. Laurent Kaddour, professeur de philosophie au lycée Jean- Vigo de Millau (Aveyron). Marie-Annick Blondot, professeur de français au lycée Louise-Michel de Grenoble (Isère). Jacqueline Livet, professeur de philosophie au lycée Louise-Michel de Grenoble (Isère). Brigitte Carrel, professeur de français au collège Mozart d'Anet (Eure-et-Loir). Pierre Petremann, professeur d'histoire-géographie au lycée Auguste-Blanqui de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis). Patricia Nicolet, professeur de français au lycée Mounier à Grenoble (Isère). Bernard Gerin, professeur d'histoire-géographie au collège de Villard-Bonnot (Isère). Véronique Vanier, professeur d'histoire-géographie au lycée Herriot de Voiron (Isère). |
Ouvrage conçu et réalisé par
Luc Boucris et Catherine Elzière