Entre deux langues
Bilinguisme et autobiographie
Textes commentés

Micheline Cellier-Gelly,
Claire Toreilles
et Marie-Jeanne Verny

ISBN 2-909680-61-4
, mars 2004, 144 pages, 15 € franco de port
Publié avec le concours du Ministère de la Culture et de la communication,
Délégation générale à la Langue Française et aux Langues de France
Et avec le soutien du Centre d'Etudes Occitanes de l'Université Paul Valéry de Montpellier

Ce recueil de textes donne la parole à des écrivains de double culture qui s’expriment en deux langues (deux langues nationales ou nationale et régionale), langues en interférence ou conflit, mais également chères. Comment se constitue le moi divisé linguistiquement ? Quel rôle joue l'école dans la valorisation de l'une ou l'autre des langues ? Laquelle choisir lorsqu'il s'agit de parler du plus profond de soi ? Cette problématique originale, en rapport avec les notions de bilinguisme, de diglossie et de francophonie, renouvelle utilement la perspective autobiographique, la double appartenance exacerbant le rapport au monde et posant de façon plus aiguë le problème de l’identité.

Destiné aux enseignants, cet ouvrage qui propose commentaires et fiches synthétiques constitue une aide précieuse pour la préparation de séquences didactiques.

Accessible sur cette page :

  Sommaire   Avant-propos
   Les auteurs    Table des matières détaillée

Sommaire

I – Le moi en question

Textes de Robert Lafont, Nathalie Sarraute , Albert Memmi, Anne-Marie Garat,
Jacques Fusina, Hector Bianciotti, Elias Canetti.

II – La langue de l'école

Textes de Claude Duneton, Richard Millet, Antonin Lavergne, Pierre-Jakez Hélias,
Patrick Chamoiseau, Mohammed Dib, Charles Péguy, Jep Gouzy, Daniel Landart, Gaston Miron.

III – La langue de la création

Textes de Daniel Laumesfeld, Roland Pécout , André Weckmann, Pier Paolo Pasolini,
Vassilis Alexakis, André Chamson, Alexandrei Makine, Milan Kundera, Patrick Chamoiseau.

Encarts sur l’autobiographie, l’énonciation, la diglossie, le récit exemplaire.

Avant-propos

Les textes qui composent ce recueil sont des récits linguistiques. De nombreuses langues sont évoquées, langues régionales (l’occitan, le catalan, le corse, le francique, l’alsacien, le breton…) ou langues nationales (le russe, le grec, l’arabe, le tchèque, l’italien…) par des auteurs très divers, dans des rapprochements souvent inédits. Tous les auteurs cités, quels que soient leur parcours, leur oeuvre, leur notoriété, ont ceci en commun : ils parlent des circonstances particulières où s’est imposé à eux ce que Richard Millet appelle "le sentiment de la langue", révélation soudaine d’une langue refoulée, prise de conscience des interférences ou des relations conflictuelles nouées entre deux langues également chères, analyses des choix linguistiques secrets qui ont décidé de leurs vocations littéraires... Dans tous ces récits, l’enfance est présente, et les souvenirs vivaces des langues côtoyées ou apprises, avec les personnes, les lieux, les mondes auxquels elles sont indissociablement liées.

La langue est le socle du moi, et le fait d’apprendre plusieurs langues est pour l’enfant un atout important pour la formation de son intelligence et de sa personnalité, cela est bien connu. Mais on accorde généralement moins d’attention à cet aspect du bilinguisme : chaque langue est un monde, avec ses émotions, ses règles sociales ou familiales, ses couleurs, ses valeurs, et le moyen de concilier des mondes trop riches, parfois conflictuels, n’est pas donné d’emblée : la richesse linguistique peut être ressentie comme une augmentation de puissance, un débordement d’affectivité, mais elle peut aussi bien, de nombreux récits en font état, se vivre sur le mode de l’angoisse, du sentiment de déchirure, d’incompatibilité entre deux attachements. L’inquiétude n’est pas moins formatrice que la plénitude, certes, mais à condition d’être dominée, dans l’acte d’écrire notamment. L’échec est toujours possible, et le silence le scelle.

Les témoignages de tous ordres concernant les langues régionales éclairent ces processus de reconnaissance ou de réhabilitation de langues socialement et intimement oubliées ou dévalorisées. Mais toutes les langues sont concernées, en fonction des lieux, des moments, des histoires individuelles : le français au Québec, en situation de langue régionale, ou d’îlot minoritaire dans les familles francophones de Russie ; le français des intellectuels francophones du monde entier, mis en relation avec leurs langues d’origine ; l’arabe en Tunisie sous le protectorat ; l’allemand dans une communauté sépharade hispanophone...

Ces histoires se font écho, d’une manière émouvante, sans fard, parce qu’elles touchent à ce qu’il y a de plus profond en chacun de nous dans le savoir et dans le dire, aux origines de l’un et de l’autre.

Les auteurs

Micheline Cellier-Gelly, agrégée de lettres modernes, enseigne la didactique du français à l'IUFM de Montpellier (site de Nîmes). Elle est chargée de cours de littérature au Centre Universitaire de Nîmes.

Claire Toreille, agrégée de lettres classiques, enseigne la littérature occitane à l'université Paul Valéry de Montpellier. Elle est chargée de mission en occitan au rectorat de Montpellier.

Marie-Jeanne Verny, agrégée de lettres modernes, enseigne la langue et la littérature occitanes à l'Université Paul Valéry de Montpellier.

Table des matières détaillée

Présentation : Le biographique et les langues du moi.

I - LE MOI EN QUESTION

1. Robert Lafont : "Une frontière de langue", Le Coq et l’Oc.

2. Nathalie Sarraute , "Le poids des mots", Enfance.

3. Albert Memmi : "Un nom redoutable", La Statue de sel

4. Anne-Marie Garat : "L’envers du paysage", L’Amour de loin.

5. Jacques Fusina : "Visions", Prose Elzevire.

Textes complémentaires :

Hector Bianciotti, "Comme un bourdonnement", Ce que la nuit raconte au jour.

Jean-Pierre Milovanoff, "Des mots sésame", Presqu'un manège

Elias Canetti , "Une langue bien à eux", Histoire d’une jeunesse.

L'autobiographie

L'énonciation

II - LA LANGUE DE L’ECOLE

6. Claude Duneton : "Le Dernier des Mohicans", Parler croquant.

7. Richard Millet , "De pauvres bougres", La Gloire des Pythre.

Etude comparative des textes 6 et 7

8 Antonin Lavergne : "La médaille", Les Cahiers de la quinzaine.

9 Pierre-Jakez Hélias : "Parler breton" , Le Cheval d’orgueil .

10 Patrick Chamoiseau : "La leçon de lecture", Une Enfance créole.

11 Mohammed Dib : "La mère patrie", La grande maison.

Textes complémentaires :

Charles Péguy, " Les hussards noirs de la République ", Les Cahiers de la Quinzaine.

Jep Gouzy, " Il faut savoir que… ", Dreceres

Daniel Landart, "Errientsa berria", Aihen Ahula

Gaston Miron, "Le français au Québec", L’Homme rapaillé.

La diglossie

Le récit exemplaire

III - LA LANGUE DE LA CREATION

12 Daniel Laumesfeld, "Le voyageur enraciné ou Les cieux de Lorraine"

13 Roland Pécout : "L’offrande de la parole", Portulan.

14 André Weckmann : "La triade alsacienne"

15 Paolo Pasolini : "Le parler frioulan", Empirismo eretico.

16 Vassilis Alexakis : "Deux identités", Paris-Athènes.

17 André Chamson : "De l’éloge du bilinguisme", Devenir ce qu’on est.

18 Alexandrei Makine : "Entre deux langues", Le Testament français.

Texte complémentaire : Milan Kundera, "Entre tchèque et français", entretien.

Conclusion : Patrick Chamoiseau, "L’Ecrire ouvert", Ecrire en pays dominé.

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