La science au péril de sa vie
les
aventuriers de la mesure du monde
Par Arkan Simaan
Préface de Jean-Claude Pecker
Avant-propos de Jean Rosmorduc
ISBN
2-909680-41-X, Octobre 2001, 206 pages, 20
(131,19F) franco de port
Coédition Adapt-Snes et Vuibert
Comment a-t-on calculé
la distance de la Terre du soleil ?
Depuis quand savons-nous que notre planète est
aplatie aux pôles ?
Pour effectuer les mesures de la Terre et du
ciel, des savants ont entrepris des expéditions aussi
périlleuses qu'incertaines et sont allés jusqu'au bout du
monde, poussés par la seule soif de connaître - alors même que
l'Eurpope était en guerre.
Ce sont les fabuleuses aventures de La
Condamine au Pérou, de Maupertuis en Laponie, de Chappe
d'Auteroche en Sibérie, de Méchain en Espagne et de bien
d'autres astronomes souvent restés dans l'ombre que retrace ici
Arkan Simaan. Il évoque également les efforts d'autres savants
comme Condorcet ou Lavoisier qui, à l'époque troublée de la
Révolution ont élaboré le système métrique adopté
aujourd'hui dans le monde entier.
L'auteur nous restitue en pleine action ces
hommes attachants et méconnus, héroïques et humains à la
fois. Il les suit pas à pas et expose, dans un langage
accessible à tous et sans formalisme mathématique, leurs
motivations scientifiques et les résultats de leurs
expéditions.
Scientifiquement rigoureux et aussi palpitant
qu'un roman d'aventures, ce livre nous dévoile une nouvelle
dimension de l'histoire de la science au siècle des Lumières.
Abondamment illustré, l'ouvrage est également dité d'un index qui permettra de retrouver à tout instant l'information recherchée.
Accessible sur cette page :
| I MESURER LE MONDE, UN
BESOIN QUI SAFFIRME Les grands
philosophes grecs II - MESURER LA TERRE LES
MESURES AU XVIème SIECLE DEUX
QUESTIONS ASTRONOMIQUES CENTRALES LA FORME DE LA TERRE LA
MISSION DU PEROU LES
DIFFICULTES LA
MISSION EN LAPONIE LE
RETOUR DE LAPONIE LE RETOUR DU PEROU LE DEGRE DANS LHEMISPHERE SUD IV - MESURER LE CIEL HALLEY ET
LES GRANDES MOBILISATIONS |
LE DEUXIEME PASSAGE (3 juin 1769) Le deuxième voyage
de Chappe V " MESURER " LE METRE LE BESOIN DUNIFICATION LA PERIODE TURGOT LA FIN DU " DEUX POIDS, DEUX MESURES " Recherche
dun accord international VI SEPT ANS POUR FAIRE UN METRE ! LE REVIREMENT PENDULE / MERIDIEN METTRE LE METRE EN CHANTIER La guerre
et le début des opérations de mesure LES MESURES SOUS LA TERREUR Le mètre
provisoire REMETTRE LE METRE EN ROUTE Suite et fin de la triangulation DONNER LE METRE AU MONDE Un début chaotique pour le mètre CONCLUSION BIBLIOGRAPHIE |
Après avoir tracé dans "L'image du Monde, des Babyloniens à Newton" un très large panorama des représentations de l'univers depuis l'Antiquité jusqu'à l'établissement définitif de l'héliocentrisme, l'auteur s'intéresse ici aux expéditions des astronomes du XVIIIème siècle pour mesurer la terre et le ciel. Le lecteur avide de s'instruire y trouvera des informations scientifiques solides et de savoureuses histoires de voyage. Car, comme lécrit avec lyrisme Jean-Claude Pecker, le présent ouvrage dArkan Simaan, est d'abord un récit daventures.
Cest également un outil pédagogique, ne serait-ce que par les motivations quil est susceptible de provoquer, tant chez les lycéens que chez leurs professeurs. A une époque où Jules Verne reste lun des rares auteurs classiques à être lu par les jeunes, les enseignants trouveront là de quoi susciter la curiosité à travers les aventures rocambolesques qu'ont vécues des savants aux motivations à la fois héroïques et bien humaines. Cest un instrument attrayant et sérieux qu'Arkan Simaan propose ici aux enseignants et à tout lecteur amateur d'histoire des sciences.
Jean
Rosmorduc,
professeur émérite dhistoire des sciences,
université de Brest
Et penchés à lavant des
blanches caravelles,
Ils regardaient monter dans un ciel ignoré
Du fond de locéan des étoiles nouvelles.
(J.-M. de Héredia, Les Conquérants)
Laventure au service de la science ? Certes ! et parfois même la science au service de laventure...
Que lon revienne par lesprit au XVIIème siècle débutant. La période des guerres de religion de la Renaissance est quasiment finie. Lannée même où Henri IV est assassiné, Galilée, à laide de la lunette qui porte son nom, observe les satellites de Jupiter, les montagnes de la Lune, les étoiles de la Voie Lactée, et les taches du Soleil. Lère des découvertes sest ainsi ouverte et avec éclat. Les penseurs du Saint Siège traquent désormais lhérésie chez les scientifiques. Cest à la Science de se défendre, en approfondissant ses conquêtes. Et ce sera souvent des prêtres qui monteront au créneau de la vérité scientifique.
En même temps, le regard restreint de lEurope sest élargi au Monde. Sur les traces des Colomb, des Magellan, des Cortès, des Diaz, des Cartier, des Raleigh, des colons brutaux et avides ont pris possession des Amériques et des terres océaniennes. Ils y organisent des colonies espagnoles, portugaises, anglaises et françaises. On explore, on extermine,...surtout, on senrichit. Laventure est là, certes, mais dans une incessante bataille. Le monde indien, au Nord comme au Sud de lAmérique est en voie de disparition. Les vice-rois règnent, - moins plaisants que dans les opérettes dOffenbach !...
Les voies maritimes sont donc ouvertes. La science en profite. Elle va donner à ces expéditions lointaines leurs lettres de noblesse. Aux pirates et aux ruffians succèdent, avec la réputation quils embarquent, avec le prestige quils ramèneront, les savants armés, par Galilée et ses successeurs, des outils de leur travail quotidien.
Il sagit de mesurer la Terre. Est-elle parfaitement sphérique ? Est-elle ou non aplatie aux pôles ? Il sagit de déterminer la distance de la Lune à la Terre. Il sagit de déterminer la distance de la Terre au Soleil... Il sagit de connaître et de cartographier le ciel austral. La science sorganise partout en Europe. Les Académies officielles sy créent, nombreuses, actives et posent aux chercheurs de vrais problèmes, quon ne peut résoudre que sur le terrain. Cest la faune et la flore des nouveaux territoires découverts, cest la cartographie, cest la géographie humaine et physique, - cest bien sûr lastronomie. Et dans le sillage des pirates et des corsaires, sengouffrent des savants parfois ambitieux et conquérants, parfois malingres, voire souffreteux, souvent parfois contraints et forcés, les uns poussés par leur ambition personnelle, les autres par le service de leur souverain, ou par la glorification de leur Eglise... Mais à tous ces voyages, cest la science finalement qui gagne, et qui fait gagner. Les nouveaux aventuriers donnent, par cette mondialisation de lesprit, de la culture, une sorte de dignité nouvelle à laventure, jusqualors plus mercantile et militaire que réellement humaniste.
Des récits parfois picaresques des savants revenus en Europe, de leurs mesures toujours difficiles, parfois faites dans des conditions héroïques, émerge fortement le sentiment de la naissance dune science mondiale. Au XVIIème siècle, on pose les premières pierres dun humanisme qui se développera pleinement au XVIIIème siècle, notamment dans la Grande Encyclopédie de Diderot et de dAlembert. La France aura joué un très grand rôle dans ces expéditions savantes et lointaines. Mais tous les pays dEurope furent en vérité présents dans des efforts communs. Le second passage de Vénus devant le soleil fut à cet égard exemplaire, malgré les guerres (en Europe, en Inde, au Canada...), dont les lignes de feu nempêchaient pas les savants ennemis de coopérer entre eux vers des résultats scientifiques coordonnées.
On peut se demander pourquoi les maîtres du monde ont favorisé ces missions lointaines... Il faut bien voir quétaient en jeu certains intérêts vitaux de ce quon nomme aujourdhui la géopolitique. La détermination des longitudes par exemple est une nécessité de la navigation maritime. Naviguer grâce à lobservation des astres implique une connaissance parfaite du ciel, mais aussi une technique excellente des horloges garde-temps. Sans astronomes, sans horlogers, il nétait point de bonne navigation possible !...
La science organisée à léchelle du Monde, cela était alors nouveau... Et cela est toujours vrai au XXIème siècle : sait-on toujours quaux pires moments de la " guerre froide ", un mouvement tel que Pugwash permettait aux savants de tous les pays, russes ou américains, déchanger des informations ? Ou que le très officiel COSPAR a maintenu le dialogue sur toutes les questions relevant de lespace ?
Mais il nest plus considéré comme héroïque ni hasardeux de parcourir le monde. Le congrès des astronomes se tiennent à Manchester comme à Sydney, à Buenos Aires comme à la Haye, et, qui sait ?, bientôt sur la Lune. Les astronomes européens ont un grand observatoire au Chili. Les Anglais en ont un autre en Australie. Les Canaries, ou les îles dHawaii, accueillent des concentrations de télescope installés par des pays très dispersés, du Japon à la Suède... Et les astronomes vont sans complexe, observer au loin... Mais tout cela est réglé, presque simple, sans surprise. Ne peut-on évoquer, sans une certaine nostalgie, ces temps anciens des voyages au long cours ? Aventures dastronomes souvent inconscients, confrontés à des périls de toutes sortes, naturels ou humains, et allant, contre vents et marées, regarder un pendule battre la seconde à Cayenne, définir les nouvelles constellations observées depuis le Cap, ou aller voir Vénus passer devant le Soleil à lîle Rodrigues ? Ou encore être fait prisonnier par le dey dAlger, et voir ses instruments démolis par des bergers pyrénéens ? Temps heureux pourtant, où lenthousiasme de cette recherche qui souvrait si vite au monde, permettait toutes les audaces.
De cette période si riche, si mouvementée, Arkan Simaan dresse un tableau superbe, vivant, excitant de bout en bout. Quil en soit remercié de cela et davoir constamment su expliquer les motivations scientifiques de ces expéditions, et faire comprendre leur méthodologie souvent déjà très élaborée et précise. Voilà un livre qui donnera à penser, et quon lira avec plaisir constant.
Jean-Claude
Pecker,
Professeur Honoraire au Collège de France,
membre de lInstitut.
A. SIMAAN est professeur de physique.
Il a déjà publié, avec Joëlle Fontaine (historienne)
aux éditions Adapt :
L'Image du Monde,
des Babyloniens à Newton
La préface du
présent ouvrage est de Jean-Claude PECKER,
astronome, professeur honoraire au Collège de France et
membre de l'Institut ;
l'avant-propos de Jean ROSMORDUC,
professeur émérite d'Histoire des sciences à
l'Université de Bretagne occidentale.
U.S. : Vous avez écrit " LImage du Monde des Babyloniens à Newton " en collaboration avec Joëlle Fontaine. Votre nouvel ouvrage, " La science au péril de sa vie ", est-il la suite du précédent ?
A. S. : Il me serait facile de répondre oui : le premier livre sintéressait aux représentations successives que lhomme sest faites de la Terre et de son mouvement jusquà Newton au XVIIème siècle, alors que celui-ci se situe au XVIIIème siècle, dans la parfaite suite chronologique. Mais ceci ne serait pas honnête, " La science au péril de sa vie " relève dune autre démarche. Il est le résultat dun coup de foudre, dune passion pour certains hommes de science aussi attachants que méconnus. En préparant "LImage du Monde", jai en effet découvert lhistoire de certains savants aventuriers qui étaient partis mourir au bout du monde uniquement pour étancher leur soif de connaître.
Jai été littéralement possédé par ces personnages. En effet, ce nest pas rien pour un scientifique que daller risquer sa vie et vivre des aventures que lon rencontre seulement dans les récits des Conquistadors. Pourtant, ils nallaient pas rechercher lEldorado, mais tout simplement savoir si la Terre était aplatie aux pôles ou bien mesurer notre distance jusquau Soleil. Beaucoup de gens ignorent et cest dommage ! - les histoires rocambolesques de La Condamine, de Maupertuis, de Chappe dAuteroche et de bien dautres dont le nom même ne figure pas dans les dictionnaires. Ceci est dautant plus injuste que leur contribution à la science a été décisive.
Ce sont surtout les aventures de Chappe qui m'ont touché en me replongeant dans mon enfance. En effet jai passé les premières années de ma vie dans lEtat de Goias, à lintérieur du Brésil. Avant que lon bâtisse Brasilia, il ny avait pas une seule rue pavée dans ma ville, pas deau courante et lélectricité manquait deux jours sur trois. Jai vécu donc dans le paysage que les Conquistadors portugais du XVIIIème siècle, les "Bandeirantes", ont rencontré lorsquils y étaient venus à la recherche de lor.
J'ai été bercé par les récits de mon institutrice qui racontait comment lun dentre eux avait convaincu les Indiens de lui dire où ils trouvaient leurs émeraudes en faisant brûler de l'alcool qu'ils croyaient être de l'eau et en les menaçant de faire brûler leurs rivières J'ai retrouvé ce même genre d'histoire avec Chappe dAuteroche en Sibérie, où il se trouvait pour observer le passage de Vénus, événement extrêmement rare et attendu avec impatience par la communauté scientifique : il a convaincu les moujiks de lui aider à traverser une rivière dangereuse, en leur faisant croire que son thermomètre était un " animal magique ". Tout comme le " Bandeirante ", Chappe a utilisé la crédulité et lignorance de ses interlocuteurs pour arriver à ses fins.
U. S. : En vous lisant, on apprend limportance du passage de Vénus pour la science du XVIIIème siècle : cet épisode n'a-t-il pas supposé une concertation scientifique internationale, y compris entre savants de pays ennemis ?
A. S : Encore plus stupéfiant : il est pratiquement inconnu en France, pays qui a pourtant donné les voyageurs les plus hardis et les plus compétents. Mais, je voudrais ici faire un pari : cette lacune sera réparée avant 2004, date du prochain passage de Vénus : tous les amateurs de science et dastronomie seront alors au rendez-vous. On sy prépare déjà aux Etats-Unis, en Angleterre, en Australie et dans bien dautres pays : ce serait vraiment lamentable que mon livre soit le seul à rendre hommage à cet événement en France.
U. S. : Comment expliquez-vous que ces savants soient si peu connus ?
A. S. : Je me le demande moi-même. Ce nest pas que leurs recherches soient dépourvues dintérêt : au contraire, elles sont au centre même de notre science. Malheureusement, les savants pâtissent dune fausse image dans lopinion : on les croit différents, renfermés, plongés dans leurs laboratoires et réalisant des expériences incompréhensibles pour le commun des mortels.
Dautre part, les historiens biographes qui ont en général une formation littéraire sestiment incapables dapprécier une uvre scientifique et ne sintéressent donc pas aux savants. A lexception de quelques figures illustres comme Galilée, Newton, Lavoisier et Pasteur, ils sont pratiquement ignorés. Et pire encore : les biographes de Voltaire par exemple ne mentionnent presque jamais son rôle éminent dans la diffusion du newtonianisme, révélant par là un dédain incompréhensible pour les affaires scientifiques.
Dans la mesure de mes moyens, je voudrais évoquer certaines de ces personnalités oubliées. Ne trouvez-vous pas injuste que lon connaisse dans le détail le moindre malaise de Napoléon, les frasques de Joséphine, la vie du plus petit dictateur ou du plus méprisable des pirates, que chaque saint ait des dizaines dhagiographes et que seuls les hommes de science restent inconnus ?
U.S. : Y a-t-il donc autant de savants inconnus, autant dexpéditions ignorées ?
A. S. : Même si je le voulais, je ne pourrais pas les raconter toutes. Je me limite à trois grands types daventures astronomiques du XVIIIème siècle : celles qui ont eu pour but de mesurer la Terre, celles entreprises pour mesurer le ciel et enfin celles destinées à établir le système métrique décimal.
Dans le premier groupe figure la mission du Pérou en 1735 avec La Condamine et dautres académiciens, assistants et domestiques et celle de Laponie en 1736 intégrant Maupertuis et dautres académiciens. La mesure de larc du méridien à ces deux endroits si éloignés devait décider si notre planète est aplatie aux pôles comme le prétendaient les newtoniens. En dautres termes, elles devaient trancher un rude débat entre ces derniers et les cartésiens à propos de la " figure de la Terre ". Particulièrement longue et meurtrière, lodyssée du Pérou a décimé léquipe : les survivants sont rentrés avec de graves problèmes de santé, en laissant sur place plusieurs de leurs amis, emportés par la maladie ou par les poignards des amants jaloux.
La deuxième série de voyages concerne les passages de Vénus devant le Soleil en 1761 et 1769, événements rarissimes, attendus depuis plus dun siècle, et qui devaient permettre détablir la distance Terre-Soleil. Les savants du monde entier mobilisés sétaient mués en aventuriers. Rien ne les a arrêtés. Surtout pas la Guerre de Sept Ans dont ils ont traversé courageusement les lignes.
Le dernier chapitre traite des expéditions qui ont fondé le système métrique, opérations qui ont nécessité la mesure du méridien allant de Dunkerque à Barcelone et passant par Paris : celles-ci se sont déroulées pendant la Révolution, alors que la guerre contre linvasion étrangère avait éclaté aux deux extrémités de la Méridienne et que la guerre civile faisait rage sur le reste du territoire.
U. S. : Votre livre décrit-il uniquement les aventures des savants ?
A.S. : Au départ, je voulais me limiter à la description de leurs vies et de leurs personnalités avec lidée de valoriser lengagement et le courage des savants et de les montrer tels quils étaient : des hommes comme les autres, pleins de force, mais aussi de faiblesse. Si certains étaient courageux et hardis, désintéressés et généreux, ils côtoyaient parfois dautres jaloux et mesquins, couards, hargneux et cupides.
Mais mes éditeurs mont convaincu que le lecteur resterait sur sa faim si je nexpliquais pas pourquoi ces scientifiques saventuraient au loin, si je ne donnais pas en même temps le résultat de leurs efforts. Ainsi, peu à peu le livre sest enrichi dune foule dexplications qui se trouvent cependant dans des encadrés. Cette astuce permet de le dédoubler : le lecteur qui recherche un exposé de science positive, depuis les méthodes de travail des savants jusquaux résultats de leurs opérations, trouvera les renseignements regroupés dans les encarts. A contrario, celui qui serait intéressé par les seuls aspects romanesques peut parfaitement les éviter : en effet, le récit a été conçu de manière à ce que les informations qui sy trouvent ne soient pas indispensables à la compréhension du texte.
Il va sans dire que je recommande la lecture de la totalité, les parties scientifiques étant écrites sans formalisme mathématique avec le souci constant dêtre compréhensibles par un public littéraire. On remarquera dailleurs dans les remerciements que jadresse dans ce livre, que le manuscrit a été soumis à autant de collègues enseignants de disciplines littéraires (histoire et français) que scientifiques. Ceci ma permis de rectifier les paragraphes qui semblaient difficiles.
U. S. : Vous dites que votre manuscrit a été lu par des collègues enseignants. Croyez-vous quil puisse servir dans les classes, et notamment dans les TPE ?
A. S. : Absolument, sinon jaurais raté mon coup. Dois-je dire que je suis moi-même enseignant de physique en lycée et que jai essayé pendant lannée scolaire 2000-2001 un thème de ce livre (le système métrique) avec mes élèves de Seconde ? Jen tire un bilan positif et enrichissant. Jai organisé une visite au musée du Conservatoire National des Arts et des Métiers de Paris, où sont exposés les anciens et les nouveaux étalons de mesure, des montres décimales, des montres marines et ce qui reste du merveilleux laboratoire de Lavoisier. Je rappelle que ce savant est fortement concerné par létablissement du kilogramme, lunité de masse du système métrique.
Ainsi jai abordé le programme de seconde de manière concrète : ce dernier comporte la mesure des distances par triangulation, la mesure du rayon de la Terre et létude du fonctionnement du pendule, questions profondément liées au système métrique, crée par la Révolution Française. Tout dabord, les révolutionnaires définissent le mètre comme étant la longueur du pendule qui bat la seconde. Peu après, étant donné que cette longueur varie dun lieu géographique à un autre, ils changent davis et adoptent comme unité une petite fraction du tour de la Terre. Ceci implique quils doivent mesurer le méridien, en dautres termes mesurer le rayon de la Terre, ce quils font par triangulation.
Jai également étudié la décimalisation et les puissances de dix autour des préfixes (kilo, hecto, déci, centi, etc.) introduits dans la nomenclature scientifique avec le système métrique (décimal, faut-il le rappeler ?).
Enfin, le programme de seconde comporte un chapitre sur le " Temps " : on doit montrer aux élèves comment un phénomène périodique peut servir à se repérer dans le temps et évoquer quelques dispositifs qui permettent de le mesurer. Là encore, lhistoire du système métrique permet dillustrer le thème et intéresser les élèves. Jai déjà parlé de lhistoire du pendule, mais il y a aussi un autre point important : en poussant la décimalisation à son paroxysme, la Révolution a en effet introduit un calendrier Révolutionnaire et bouleversé la division de la journée qui est passée à " dix heures ". Quelques montres décimales ont alors été fabriquées (certaines sont exposées au musée du CNAM). Cette heure décimale fut vite abandonnée : elle heurtait lhabitude des gens et compliquait la recherche de la longitude en mer donc la navigation. Jen profite pour rappeler que ce dernier point est étroitement lié au programme de géographie de Seconde et que le programme dhistoire de cette classe comporte létude de la Révolution, ce qui peut servir à un travail en parallèle : bien des personnalités liées au système métrique ont joué une rôle de premier plan dans les événements révolutionnaires, par exemple Condorcet, Prieur de la Côte dOr, Talleyrand, Monge, etc.
Malgré lintérêt de ce livre que je viens dévoquer pour la classe de seconde, cest cependant dans le cadre des TPE quil peut se révéler le plus utile, notamment autour du thème " Temps, rythmes et périodes ". Enfin, il peut aussi intéresser les collègues de français car il sattarde sur le rôle de certains hommes de lettres comme Condorcet et Voltaire (dont jévoque surtout les travaux scientifiques).
Propos recueillis par Gérard Hattab
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